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Le diable c’est l’autre ? Pas question !

La blogueuse Bella Lucia Nininahazwe découvre sa complicité dans la crise burundaise, chose à laquelle elle n’avait jamais pensé. Un simple contact avec « une femme éveillée » dans une formation sur la résolution pacifique des conflits aura suffi pour tout révolutionner.

Avant, je me croyais parfaite. J’étais convaincue que les acteurs de la crise étaient ces politiciens qui se querellaient souvent sur les ondes. Ces rebelles qui ont pris le chemin du maquis au détriment du dialogue. Je me sentais épargnée mais visée. Visée parce que ces grenades ne sélectionnent pas. Je n’avais plus le choix sauf celui de m’asseoir les bras croisés  et d’attendre ce jour où je serai atteinte par les éclats de ces explosifs. J’avais renoncé à l’exil ; pour moi, l’exil est une mort sous une autre forme.

La révolution

Me voici dans une petite salle, carnet et stylo en main. Je réponds à une invitation de mon ami pour faire acte de présence, juste par amitié. J’ai la tête ailleurs. Une jolie femme d’une soixantaine d’années apparait. Visage illuminé par un sourire angélique, elle nous salue. Sans tarder, le thème démarre : la non-violence et la gestion des conflits. Puis, un léger sourire de la présentatrice. Je suis d’abord impressionnée par son comportement, ses gestes. Je me demande la relation entre ce sourire et le thème du jour. Ne sait-elle pas que nos frères et sœurs périssent tous les jours ? Je me retrouve encore une fois profondément abimée dans mes pensées. Du coup, sa méthode socratique m’empêche de me distraire. « Comment avez-vous appris vos différences ethniques ? N’est-ce pas que le jour où tu les as apprises tu as changé de comportement ? As-tu continué à aimer ton camarade de classe comme tu l’aimais avant ? »

Je me sens soudainement coupable.  Je fais une introspection. À sa sortie de la salle, j’ai envie de la suivre, lui demander comment elle peut me faire culpabiliser ainsi. C’est trop tard. Elle n’est plus là. Aussi, comment puis-je m’en prendre à elle alors qu’elle ne me connait même pas ? Je reviens à ma place, pensive, je m’assois tranquillement, moi qui avais toujours pensé que je n’étais pas actrice de la crise. Je viens d’apprendre le contraire. Je suis alliée par mes paroles blessantes. Je suis affiliée par mes jugements. Je collabore à partir de mes  mauvais conseils. Je détruis mon pays par mes écritures. J’influence par mon mode de vie. J’aide  à déclencher les conflits en semant la haine dans la famille; sur les « ligalas ». Je sème la terreur par mes préjugés.

Pourtant, le diable c’est toujours l’autre, se dit-on à tort.

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