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La guitare ou la Kalachnikov? Nos jeunes refugiés auront à choisir

Inspiré par la chanson du chanteur Rally Joe, le blogueur Landry Burundi s‘interroge sur l’avenir des milliers de jeunes burundais qui viennent de fuir le pays.

© Photo: Source

La chanson passe dans notre bus… Gitega vers Bujumbura. Juste un extrait suffit pour me secouer :

« Agahinda n’amaganya murako gahinga ka nyaga nande ;

Icitwa ima ry’amazi habe na mba ntiwatora, uturyo twotwo malayika yaba yakubonekeye… » (« L’amertume et les lamentations dans ce désert,

Impossible de trouver une seule goutte  d’eau,  parvenir à avoir quelque chose à mettre sous la dent était un vrai miracle… »)

C’est « Reka ntahe » qui résonne,  la chanson de Rally Joe. Il décrit les conditions de vie extrêmement difficiles que des milliers de Burundais ont enduré dans les camps de réfugiés en Tanzanie, en RDC dans les années 90.  Du coup, Mahama au Rwanda, Nyarugusu en Tanzanie… tous ces camps me reviennent à l’esprit. Des milliers de jeunes y ont trouvé refuge depuis que le Burundi est plongé dans une nouvelle crise. Que deviendront-ils ?  Imiteront-ils Mkombozi, cet artiste burundais qui a passé toute son enfance dans le camp de Mutabira (Tanzanie) ? Ou seront-ils comme ce jeune homme   qui a grandi dans un camp, dans un autre « burende » (issu de « blindé », nom utilisé pour désigner les  petites huttes érigées dans les camps de réfugiés faites d’une bâche bleue), portant l’emblème du HCR et qui est un combattant aujourd’hui? La déconfiture a inspiré Mkombozi pour lancer sa carrière de musicien. L’autre ne  rêvait que de « libérer » le pays, défendre la démocratie, par les armes. Il a suivi à la lettre les messages de ses aînés, les éloquents porte-paroles des groupes armés de l’époque. Des années après, les deux sont rentrés. Le premier avec une guitare, le second a débarqué avec une kalachnikov. L’un est allé au studio, l’autre à l’Etat-major.

Mon rêve, mon regret 

 Mon souhait est tout simplement que ces jeunes nous reviennent vivants, grandis par les circonstances pour enfin dire : plus jamais ça !

Quant à Mkombozi et son congénère, le répit n’aura duré que le temps du feu de la paille. Le premier a fini par retrouver le chemin de l’exil, victime du succès de ses chansons engagées. Même sort pour le second, après avoir refusé de prêter allégeance à un homme qui venait de fouler au pied la Constitution et l’accord d’Arusha. Hélas !

[youtube video =’hz7Hv7S-RPU’]

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Les commentaires récents (7)

  1. Entre la guitare et la kalachnikov ? En lisant le titre j’ai tout de suite pensé que c’était un choix de société qu’on avait à faire. Entre la paix et la guerre.

    En lisant ton texte, je l’ai trouvé plus nuancé. Enfin de compte il s’agit plus de deux actes engagés mais les deux avec un même objectif. La défense d’un idéal démocratique. Que ce soit ce jeune devenu général, ou ce jeune devenu artiste; tous ont trouvé un moyen de gérer leurs blessures de perdre leurs repères et la proximité de leurs proches. On dit qu’une blessure non transformée est une blessure non évacuée.

    La pacifique que je suis, aime l’idée d’une gestion pacifique. J’admire ce jeune qui a pris une guitare. Je comprends aussi ce jeune qui a pris une kalachnikov pensant lutter pour sa survie.

    Aujourd’hui, ces deux jeunes, et à l’instar de certains de nos leaders. Parmi ceux qu’on a le plaisir d’accueillir de nouveau en 2003, de retour de leur exil dans des camps ou des apparus en Europe. Chacun ayant des blessures non transformées, que ce soit ceux qui sont restés ici ou ceux qui nous sont revenus, chaleureusement attendus.

    Dix ans plus tard, les victimes rentrées au pays devenues nos élus car on reconnaissait en eux les leaders de la lutte pour nos blessures. On pensait, on rêvait, à mieux. Après tout, avaient ils autant souffert que nous. Ils ne pouvaient que faire mieux que les autres. Mais ce ne fut pas le cas.

    Quand les anciens de Mutabira étaient rentrés, certains en hommes politiques, d’autres à l’armée, d’autres en tant qu’artistes, d’autres établis ailleurs dans la diaspora, j’étais trop jeune pour comprendre la notion de blessure non transformée, blessure non évacuée. Quand elle n’est pas transformée, la blessure crée un cercle vicieux dans lequel on ne sort que rarement. La victime devient bourreau. Le bourreau devient victime.

    Alors je prie que nos 240’000 compatriotes exilés nous reviennent vite, sains et saufs, que au delà de ce choix, ils en aient plein d’autres pour évacuer les blessures qu’ils ont.

    Dans un Burundi idéal, il nous faudrait tous un moyen d’évacuer nos blessures. Du plus petit au plus grand des burundais.

    1. Merci pour ton comentaire! Instructif!

      Et ce qui me desole le plus dans tout ce que l’on traverse actuellement c’est que apparament on apprend pas de l’Histoire et meme proche!
      Ceux qui sont passés dans ces camps en Tanzani et ailleur ne devraient pas etre ceux qui agissent de façon à pousser d’autres à l’éxile!!!

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