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Goma :« La LUCHA sur un terrain glissant »

La répression des manifestations publiques perdure en RDC. Alors que la mairie de Goma était informée de cette manifestation pacifique organisée par le mouvement citoyen congolais de la Lutte pour le Changement (LUCHA) le 28 novembre dernier, celle-ci a été finalement sabotée par la police nationale congolaise.

Bilan : deux blessés par balles et douze personnes arrêtées dont neuf militants transférés à la prison centrale de Munzenze.

Le but de ce rassemblement pacifique ? Allumer un feu de deuil en public, comme le veut la culture africaine, en hommage à plus de 500 personnes tuées indignement à Béni. Toujours sous le choc, trois militants de la LUCHA (Benjamin Kamuntu, Miel Kaghulalo et Jean-Paul Kuyamba) haussent encore la voix pour dénoncer ces agissements et éclairer l’opinion.

Selon vous, pourquoi la police a-t-elle réprimé votre marche a priori légale ? 

Benjamin : C’est la question que nous nous posons tous. Nous nous demandons : est-ce que le gouvernement ne veut pas que nous pleurions nos morts ? Toutes les procédures avaient été suivies afin d’organiser notre manifestation. Le maire nous a même reçus personnellement le vendredi précédant cette marche. Bien sûr, nous avons vu les événements en France et au Mali. Les gens ont pleuré leurs morts. Mais ce qui passe aujourd’hui, en RDC, mon pays, je me demande si nous sommes des humains. Et je demande des explications aux différentes autorités dont le devoir est de protéger la population.

Vous affirmez que l’autorité urbaine, le maire de la ville, a proféré des menaces contre vous…

Miel : Selon lui, ce qui compte est le fait que la LUCHA n’a pas de président. Et il nous a mis en garde sur ce point. Un mouvement qui n’a pas de président… on ne peut pas l’écouter. Il a présenté certaines observations, jusqu’à nous dire que nous étions sur un terrain glissant. À un certain moment, certaines limites sont dépassées dans la conversation parce que le message ne se limite plus alors à la parole mais aussi à son aspect. Donc, vous sentez que ce qui est part de dialogue et part de menace… Et le lundi après le conseil de sécurité urbaine, on nous a mis en garde au sujet de nos manifestations. On nous a même affirmé que si nous osions organiser des rassemblements, nous serions responsables des morts et d’autres dégâts collatéraux. Nous avons aussitôt dit que ce n’était pas possible… Nous n’avons pas d’armes, comment pourrait-il y avoir des morts ? Donc, c’était inimaginable de notre point de vue.

Étant donné les menaces potentielles portées contre vous, le même courage vous habite-t-il toujours ?

Jean-Paul : Oui, toujours. Et nous ne sommes pas prêts à lâcher tant que les choses ne seront pas rétablies. Notre lutte est permanente et continue jusqu’à ce que les autorités – que nous choisissons par voie électorale – puissent répondre à tous les desiderata de la population. La République : c’est notre mère. Elle doit nous protéger. Et ceux qui sont là pour diriger les affaires publiques doivent être redevables devant nous. Et aussi longtemps qu’ils n’arrivent pas à assumer leurs responsabilités, nous continuerons à aller dans la rue pour réclamer la liberté, la vie, les progrès socio-économiques. Tout simplement parce que c’est notre droit, en tant que citoyens congolais. Le courage est là et monte de plus en plus. Pourquoi ? Parce que nous faisons face aux durcissements de certains. Parce qu’ils pensent qu’en réprimant nos manifestations, nous allons fuir et chacun va prendre son chemin. Et c’est le contraire qui se passe ! Plus ils durcissent nos cœurs, plus ils nous amènent à comprendre effectivement que nous avons le droit de réclamer le changement. Nous ne sommes pas là pour prendre les armes : nous sommes un mouvement pacifique. Notre force prend sa source dans la non-violence.

Vos actions menées ici, sont-elles en relation avec l’actualité politique en RDC ?

Benjamin : La ligne de la LUCHA est claire : nous nous rangeons derrière la population. Nous faisons partie du peuple. L’article 64 de la Constitution écrit : tout Congolais a le droit d’empêcher par les moyens légaux toute personne qui veut faire un coup d’État constitutionnel. Nous sommes là uniquement pour veiller à l’application de la loi.

Miel : Nous sommes prêts à dialoguer. Mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir : ne pas faire durer les dialogues pour permettre aux autorités de poursuivre leurs mandats et également éterniser l’insécurité au Nord-Kivu.

 

D’après un communiqué du maire de Goma, signé le jeudi 3 décembre, il interdit à la LUCHA de fonctionner tout en mettant en garde quiconque qui tenterait de défier cette mesure en organisant des activités sous la bannière de la LUCHA. À l’heure actuelle, les membres de ce mouvement préfèrent se réserver à cette mesure.

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