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La liberté d’abord, les projets après

Doté des pouvoirs du blogueur, Rivardo Ntadambanya a été partout en même temps, chez les pro-troisième mandat qui se battent pour rester au pouvoir et chez les antis qui font tout pour déboulonner Pierre Nkurunziza de son fauteuil présidentiel. Voici les détails de deux réunions clandestines imaginaires auxquelles le jeune Burundais a participé fictivement.

Dans un bureau climatisé, bien fermé à Bujumbura, les membres du camp au pouvoir se réunissent. Au menu : comment mener la lutte, réduire au silence les détracteurs de Pierre Nkurunziza.

Dans un silence de mort, le meneur lance d’un air ferme :

Mes chers amis, vous savez la situation dans laquelle nous sommes. Vous connaissez tous mes ordres : never give up ! Ceux qui disent que le mandat est illégitime, ce sont eux les illégitimes. Nous devons tout faire pour les écarter, il faut qu’ils restent en exil éternellement. S’ils ne veulent pas de nous, ils ne vivront pas avec nous. Il faut m’aider à convaincre nos hommes et surtout nos jeunes. Le chargé de la Sécurité, tu nous l’assures ?

Intervenant 1 :

Oui, Monsieur !

Meneur :

Et celui de la Défense ?

Intervenant 2 :

Oui, oui ! Je vous l’assure ; je ferai tout pour défendre le pays et sa souveraineté.

Au troisième intervenant, tout tremblant, de partager ses doutes :

Il faut négocier. Le problème, c’est que les exilés nous salissent à l’étranger, ils parlent déjà d’un génocide…

Le meneur l’interrompt :

Ils peuvent parler de tout contre nous, je m’en fiche. Toi-même, si tu veux, tu peux t’en aller. Nous avons une jeunesse qui nous suit. D’ailleurs, ce sont eux qui vont aller sur le front. Il faut un entretien avec eux. La séance est levée !

Intervenant 3 :

Ne parle-t-on pas du projet de pavage et de celui d’adduction ?

Meneur :

Non, à demain ! Le moment des projets viendra.

De l’autre côté

Au même moment, dans un des pays de l’Occident, dans un bureau bien éclairé et climatisé, l’opposition est réunie. Les membres présents sont tous en colère.

Le meneur :

Vous voyez ces gens ? Ils ne veulent pas quitter le pouvoir en paix, ils commettent des crimes sans précédent, le pays est déchiré : tueries sauvages, arrestations arbitraires, « nyakurisation » des corps de sécurité et de la défense, etc.

Le premier intervenant sort subitement sa tablette :

Tenez ! Regardez ces photos : des cadavres, toujours ! Non ! Il faut combattre ces sanguinaires pour la dignité et la liberté. Il faut nous débarrasser de ce régime qui tue son peuple, qui ne prêche que du génocide.

À la deuxième voix de l’appuyer :

C’est très simple : s’ils ne veulent pas partir en paix, ils partiront par la force. Moi, je suis prêt pour la guerre. Il y a des jeunes qui nous attendent impatiemment.

Meneur :

Qui est pour la guerre ?

Intervenant 3 :

Moi !

Intervenant 2 :

Et moi aussi. Il faut que ces criminels partent, que le Burundi soit libre.

Le meneur réfléchit, tourne un peu la tête, puis s’exprime :

Mes chers amis, la guerre est-elle la bonne solution ? Je crois qu’il faut plutôt négocier. La guerre prendrait d’autres vies innocentes. Elle viendrait empirer la situation et appauvrir davantage le pays.

Intervenant 1, faisant grise mine, réplique :

Qui veut la paix prépare la guerre ! Et d’ailleurs, ce n’est pas toi, avec ton âge, qui vas combattre, mais nos jeunes résistants qui brûlent d’envie de libérer la nation.

Meneur :

Ok, voyons. On fera mûrir cette décision demain. Parlons désormais des projets pour la société burundaise une fois qu’on l’aura libérée.

Tous, étonnés :

Des projets ?

Intervenant 1 :

Non, Monsieur ; projet après. La libération d’abord !

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