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« Je ne veux pas être réfugiée à vie ! »

Les Burundais craignent aujourd’hui une nouvelle guerre civile. La crise que traverse le pays est commentée différemment. Le plus souvent, la voix du peuple devient inaudible quand celle des armes tonnent. Zawadi, ancienne réfugiée, ne voudrait passer toute sa vie en exil. Nous avons trouvé mieux de publier son récit tel qui l’est.

Par Mwalimu Khadîdja Hussein

Zawadi est mère de trois enfants. Elle habite dans la commune Gisuru, à Ruyigi. Elle vit dans une petite maison d’un village de la paix.

Tous les jours, elle se lève très tôt pour aller travailler dans les champs de ses voisins plus aisés qu’elle. Elle reçoit un salaire de 1000 francs par jour. Cette somme l’aide à nourrir sa petite famille. J’ai voulu connaitre son point de vue sur la crise qui secoue le Burundi à travers une causerie que j’ai eue avec elle. Elle qui a connu plusieurs crises successives, son opinion me serait importante. Globalement, Zawadi est très inquiète et elle se dit fatiguée. Lisez plutôt cette brute retranscription de son témoignage.

Née et grandie réfugiée

«Mes parents avaient fui les massacres de 1972 et ils s’étaient réfugiés dans le camps de Mishamo en Tanzanie. C’est là où je suis née en 1987. En 1993, après l’arrivée au pouvoir du Président Melchior Ndadaye, mes parents avaient décidé de rentrer au Burundi. Nous nous sommes revenus en nous installant dans la province de Muyinga.
Un mois après, le Président Ndadaye fut assassiné. Le pays plongea dans une guerre civile. C’est à ce moment que mon père a été tué. Nous avons quitté le Burundi pour nous réfugier au Rwanda. Nous n’avons pas voulu retourner en Tanzanie. Nous nous souvenions encore des mauvais traitements et de la stigmatisation dont nous étions quotidiennement victimes. Le Rwanda s’embrasa à son tour, un génocide eut lieu. Nous n’avions plus de choix. Il fallait retourner en Tanzanie »

« De 1994 à 2007, nous vivions dans le camp de Kanembwa, ce camp se situer dans une forêt. Je n’oublierai jamais comment la vie était très difficile dans ce camp : nourritures insuffisantes, manque de liberté, attaques des animaux venus de la forêt,… C’est dans ce camp que j’ai perdu ma mère.

REUTERS/Stringer tiré sur Facebbok Waza Afrique
REUTERS/Stringer tiré sur Facebbok Waza Afrique

Depuis 2006, une année après les premières élections qui ont porté le président Pierre Nkurunziza au pouvoir, la Tanzanie a commencé à fermer certains camps de réfugiés et à fusionner d’autres. Le but était de nous pousser à rentrer au bercail. Nous étions réticents. Nous avions encore en mémoire les évènements de 1993.
Il nous fallait ainsi changer de camps de temps en temps pour aller dans des camps non encore fermés : de Kanembwa à Nduta, de Nduta à Nyarugusu ! Cela a été fait en une période de deux ans. Nous construisions juste de petites huttes que nous couvrions des bâches. On menait une vie plus que misérable. C’est dans ces conditions que j’ai rencontré mon mari.

Finalement, la Tanzanie avait décidé de fermer tous les camps. Je ne connaissais pas grand-chose du Burundi. C’est comme ça que mon mari m’a emmenée ici à Gisuru, en province Ruyigi. Nous avons eu beaucoup du mal à s’intégrer au Burundi. Jusqu’à présent, c’est apparemment toujours le cas. »

« Qu’ils nous foutent la paix »

«Quand j’écoute les radios, j’entends qu’il y a des problèmes à Bujumbura. Les politiciens ne veulent pas s’entendre. C’est dommage. Des analystes prédisent un risque d’une nouvelle guerre civile. Certains vont jusqu’à prophétiser un génocide. Ça fait peur. Quelques-uns de nos voisins ont même déjà fui. Ils sont en Tanzanie aujourd’hui. Mon Dieu devrais-je retourner en encore exil en Tanzanie ? Non, je suis fatiguée. Je n’ai plus de force pour fuir et pas l’envie de subir l’humiliation et la stigmatisation. J’ai besoin de me reconstruire ici. Et si les politiciens nous laissaient tranquilles ! Nous, bas peuple, ce que nous voulons c’est la paix. Qu’ils nous foutent la paix,… je ne veux pas être réfugiée à vie».

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Les commentaires récents (1)

  1. « Et si les politiciens nous laissaient tranquilles ! Nous, bas peuple, ce que nous voulons c’est la paix. Qu’ils nous foutent la paix,… je ne veux pas être réfugiée à vie» ». Zawadi, rapportée Par Mwalimu Khadîdja Hussein.
    Commentaire : cette demande est légitime, mais la politique en cours ne semble pas à la hauteur de la satisfaire. Dans sa conception première, la politique est l’art de gouverner une société, une cité, un pays, le monde pour le bien des associés, des citadins, des citoyens et de l’humanité. Mwalimu Khadîdja, veuillez transmettre à chère Zawadi ce qui suit : la politique actuelle n’est plus un art, il s’agit d’une manigance opportuniste, pour s’approprier le plus d’avantages matériels et d’honneurs souvent immérités, au détriment des bénéficiaires : le peuple, les associés, et ceci quels que soient les moyens. En général dans le politique, on y rencontre tous les défauts dont l’homme est capable : l’inhumanité, la haine, la jalousie, l’intolérance, la violence, la cupidité, le mensonge, l’égocentrisme, … Pour changer cette dérive politicienne, il faudrait une force herculéenne et un temps « éternel » impossible à déployer par notre Humanité. Pour cela, en lui adressant mes sincères sympathies, je lui suggère de transmuter son pessimisme en optimisme, qu’elle se confie à son Soleil intérieur qui brille dans son cœur et qu’elle rayonne autour d’elle Sa lumière. Qu’elle travaille en elle, sur elle et autour d’elle, au mieux qu’elle peut. Peut-être, pourrait-elle s’améliorer et améliorer ses conditions de vie. Une vie qui s’améliore, améliore la politique et la race humaine. L’humanisme est l’opposé de la politique. L’humanisme et la spiritualité constituent un art qui change le plomb qui obstrue notre cœur en or. Ce que je dis n’est pas nouveau, car, depuis l’antiquité Egypto-gréco-romaine, on lisait au-dessus des portails des grandes bâtisses, ceci : « connais-toi, toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux, (le bonheur)».

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