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Joy Akimana : « Les jeunes ont besoin d’emploi, pas d’armes »

Joy Akimana est une jeune burundaise active sur les réseaux sociaux et reconnue pour ses commentaires sur l’actualité politique de son pays. Dans cette interview, elle partage ses sentiments, son analyse après sept mois de crise politique au Burundi.

Quelle appréciation faites-vous de la manière dont les Burundais utilisent les réseaux sociaux (Twitter et Facebook), les jeunes en particulier ?

Depuis quelques mois, les réseaux sociaux sont devenus très importants dans notre pays. Ces outils sont utilisés à la fois par le gouvernement et l’opposition afin d’exprimer leurs préoccupations et leurs points de vue sur la crise politico-économique que traverse notre pays.

Le côté positif, c’est que ces réseaux sont principalement utilisés par les jeunes. Leur souplesse et le contact direct entre les parties prenantes créent, nourrissent le désir des jeunes d’interagir et d’exprimer leurs opinions. L’information est facilement acquise. Même si vous n’êtes pas au Burundi, vous vous sentez toujours connecté, vous avez un aperçu de ce qui se passe.

Le côté négatif des réseaux sociaux est que beaucoup les utilisent comme une plateforme de manipulation. Beaucoup de rumeurs circulent via les médias sociaux. Ces derniers temps, nous assistons aussi à la création de nombreux comptes anonymes qui ne répandent que des rumeurs.

Vous sentez-vous en sécurité à Bujumbura ? Vous considérez-vous libre de vous exprimer sur des sujets politiques sans craindre des représailles ?

Oui, je me sens en sécurité à Bujumbura. L’erreur que beaucoup de médias internationaux font est de présenter Bujumbura comme un « petit village ».

Bujumbura est une grande ville avec plusieurs quartiers. Quatre des trente quartiers sont en grande insécurité, avec les insurgés qui s’y cachent et attaquent la police régulièrement. Ce sont des zones dangereuses pour les pro- CNDD-FDD, le parti au pouvoir, ou toute personne qui défend le droit d’un nouveau mandat pour Pierre Nkurunziza. Beaucoup de gens sont enlevés et tués par ceux qui se nomment maintenant « Sindumuja », se référant au mouvement de protestation violente de la candidature du président Nkurunziza de 2015 et du processus électoral.

Sinon, le Burundi est un pays où la liberté d’expression est précieuse. Je pense que ces réalisations politiques et sociales ne changeront pas. Ceci est un atout précieux que nous devons protéger.

Aujourd’hui, certains jeunes ont pris les armes, chacun trouvant une justification. En tant que jeune, les comprenez-vous ? Cette résistance est-elle à encourager dans notre pays ?

Armer les jeunes est quelque chose qui doit être condamné par tous, non seulement par le gouvernement. Le Burundi est un pays majoritairement jeune, plus de 60 % de sa population a moins de 30 ans. La prolifération des armes légères et de petit calibre doit être contrôlée et arrêtée.

Le président Obama est celui qui l’a exprimé le mieux : « Avoir plus d’armes dans les rues ne sécurisera ni vous, ni votre communauté. » Encourageons nos jeunes à aller à l’école, donnons-leur la possibilité d’accéder à un emploi et pas aux armes.

Quel est votre avis par rapport aux sanctions qui ont été prises à l’encontre de certaines autorités burundaises ?

C’est un geste injuste de la part de l’Union européenne, qui révèle sa faiblesse dans la crise burundaise. En tant qu’institution internationale, l’UE devrait conserver un regard neutre. Cela signifie analyser les actes et les déclarations de toutes les parties prenantes à la crise sans prendre position. Mais ça n’a pas été le cas.

Pendant au moins quatre mois, tous les habitants de Bujumbura savaient qui tirait la nuit pour perturber le processus électoral, et maintenant ils attaquent les forces de l’ordre. Aucun de leurs noms ne figure sur la liste de ceux qui ont été soi-disant « sanctionnés ». La décision de l’UE était maladroite et biaisée. Et la population le sait.

Qu’avez-vous à reprocher aux acteurs politiques du Burundi ?

Je déplore les tactiques de l’opposition. C’était irrationnel et irresponsable de penser qu’elle pouvait conquérir le pouvoir par la manipulation de la jeunesse. Les enfants ont été jetés dans les rues au nom de la contestation du « troisième mandat ». Les jeunes ont été réduits à consommer de la drogue, à voler les armes de la police, pendant que ceux qui les avaient amenés là vivaient à l’étranger, en sécurité avec leurs enfants.

Étant donné que le gouvernement de Nkurunziza avait réussi à maintenir le processus électoral, l’opposition aurait dû se coaliser et prouver que son discours était soutenu par la majorité dans le pays. Malheureusement, l’opposition estime que la solution viendra de la violence.

Selon vous, quel est le pire scénario pour le Burundi ?

Ce que je crains le plus est que certains États pourraient oublier que le Burundi est un pays souverain, indépendamment de son économie et de ses relations diplomatiques, et qu’ils pourraient intervenir directement dans la crise burundaise. Ce serait le point de rupture qui déstabiliserait toute la région.

Cette crise a fait des victimes de part et d’autre. Quoique les élections se soient tenues, le problème sécuritaire ne semble pas se résoudre. D’après vous, que faire pour sortir de cette impasse ?

Le dialogue est le moyen de sortir de la crise actuelle. Je suis soulagée par la mise en place de la Commission nationale du dialogue inter-burundais, qui va travailler pour rassembler tous les Burundais autour d’une table afin de trouver une solution à notre crise. Cette solution ne viendra pas de l’extérieur. Il appartient aux Burundais de se réunir, de parler de nos problèmes et de les corriger. Un exemple pour nous inspirer : la Tunisie, où un dialogue inter- tunisien sans médiation étrangère a réglé les problèmes des Tunisiens.

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