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«Repose en paix, Kami!»

C’est une blogueuse qui rend son dernier hommage à sa congénère Kamikimana Inès, tuée la nuit du 13 octobre avec toute sa famille. Bella-Monia Inakanyamambo se met dans la peau de la jeune fille durant ses dernières minutes, avant qu’un policier ne lui tire une balle dans la tête.

Elle révisait. Tranquillement. Elle avait peur pour son pays. Pour ces gens qui perdaient leur vie chaque jour. Elle se sentait à la fois incapable et révoltée.

« Elle rêvait de devenir quelqu’un. Et elle souriait, la petite Kami ! »

Comme tant d’autres Burundais, elle se demandait sûrement si un jour son tour viendrait. Elle avait peur de devoir un jour mourir dans des conditions qu’elle peinerait à comprendre. Elle priait certes dans son for intérieur pour que sa vie ne s’interrompe de sitôt. Elle priait pour son pays, dont la situation lui échappait complètement. Elle priait pour elle aussi ; non pas parce qu’elle était jeune, les plus âgés lui semblaient également perdus.

Elle était si jeune, si pleine de vie et de rêves. Elle vivait encore un monde où tout était permis. Elle croyait encore aux miracles, aux contes de fée. Elle voulait vivre et voir un jour le Burundi dégager son plus beau sourire. Elle voulait faire la médecine, l’architecture, la communication, le droit… Peut-être un cocktail. Elle rêvait de devenir quelqu’un. Et elle souriait, la petite Kami ! Elle avait dû comprendre que la vie était courte. Son intuition avait vu juste.

Un jour, sa vie a basculé

Des coups de feu, pas loin, tout près. Trop près. Kami panique. Elle invoque le nom du Seigneur, se couche par terre, prie, prie encore, pour elle, pour sa famille, pour ses voisins. Elle n’a pas beaucoup de temps et la peur brouille ses idées. Mais elle se rassure. Pas aujourd’hui. Non. Elle ne mourra pas aujourd’hui. Elle a encore tellement de belles choses à vivre.

« D’une balle dans la tête, quelqu’un s’est permis d’interrompre ses rêves. »

Kami ne peut pas disparaître du jour au lendemain. Elle a la vie à profusion, en abondance. Son corps foisonne, regorge, pullule de vie. Elle a encore des devoirs à rendre, tout de même. Des examens à passer. Des amis à affectionner, des parents à aimer et à respecter, des croyances à sacraliser. Des principes à apprendre.

D’une balle dans la tête, quelqu’un s’est permis d’interrompre ses rêves, ses visions, ses ambitions, de mettre tout par terre, de faire tout disparaître. Quelqu’un a coupé court à son souffle de vie, et son sourire a donné la place à un corps figé.

Elle avait dû le voir venir. Elle avait dû crier, pleurer de peur, et se rebaisser pour le supplier de l’épargner. De ne pas éteindre ses espoirs cette fois. Elle avait compris que ses parents, son frère, sa famille allaient s’éteindre en même temps qu’elle. Et dans son agonie, elle priait le Seigneur, les poings et les yeux fermés, de ne pas permettre que les autres s’en aillent le même jour, au même moment qu’elle. Sa mère, son père, son frère faisaient tous pareil.

Toute la famille finira par se retrouver dans une même tombe. La dernière prière de Kami ne fut qu’un bye bye à son frère, à son papa et sa maman, laissant derrière elle pleurs, angoisse, chagrin. Kami avait presque le même âge que moi.

Repose en paix, Kami !

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