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En attendant 2020, analyse d’une élection sans enjeu

Eugenio Diby décrypte les derniers jours du scrutin et les résultats. Il livre des définitions toutes personnelles du vocabulaire postélectoral.

Cette année, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le cours de vocabulaire postélectoral.Il y a cinq ans, je n’y étais pas très bien préparé.

Je n’avais rien compris car j’avais raté les définitions de mots clés cités pendant que j’étais distrait. Du coup, j’ai sursauté quand les profs d’alors ont crié à la « forclusion* de la Commission électorale indépendante, la CEI. »

*Être forclos : se dit d’une commission électorale très dépendante des bannières politiques et qui donnait des résultats provisoires au compte-goutte et qui au final se retrouva à la bourre pour ce qui était du résultat définitif.

Sage impatience

Les Ivoiriens savent qu’il n’est pas sage de sortir avant le verdict du Conseil constitutionnel.

Pour ne pas retomber dans ses travers, la commission électorale décide de se faire aider des nouvelles technologies : Fiat lux et vive la biométrie* !

*Biométrique : se dit d’une tablette annoncée comme la panacée et qui se révèle source d’amalgames nouveaux. Facultatif dans certains bureaux de vote, le système biométrique a aussi été accusée de favoriser une fraude massive.

L’expérience s’avère traumatisante pour les électeurs et l’on a vite fait de revenir à la bonne vieille méthode de comptage.

Sauf que compter, c’est lent. Et les Ivoiriens, eux, sont impatients.

Ce n’est pas qu’ils ont hâte de changer de président (ils savent que ce n’est pas pour maintenant) mais ils savent qu’il n’est pas sage de sortir avant le verdict du Conseil constitutionnel*.

*Conseil constitutionnel : institution dont l’ancien patron s’est dit possédé par le diable. Il a dit, s’est dédit puis a été remercié pour qu’un autre vienne être possédé à son tour.

Les jours d’après

Les Ivoiriens sont donc restés chez eux le « lundi d’après* ; en attendant la délivrance.

L’atmosphère du « lundi d’après » est lourde. Le silence paralyse et le moindre bruit fait sursauter.

*Lundi d’après : lendemain de scrutin et jour probable de proclamation des premiers résultats. Ce lundi n’est ni férié ni chômé. Mais il est payé à rester au lit ou devant la télévision, à zapper sur toutes les chaînes d’infos susceptibles d’annoncer le nom du vainqueur.

L’atmosphère du « lundi d’après » est lourde. Le silence paralyse et le moindre bruit fait sursauter. La CEI reste muette jusqu’au mardi. Sur internet, une autre CEI* se crée.

*L’autre CEI : la Communauté électorale improvisée ; elle récolte ses résultats sur base de rumeurs et de spéculations partisanes. Sa branche « sms » envoie d’abord les tendances en 140 caractères à des adhérents qui, à leur tour, propagent la fausse bonne nouvelle.

La vraie CEI interviendra plus tard pour discréditer l’autre, mais sans donner le moindre résultat ! C’était un signe suffisant pour faire des provisions en prévision d’une prolongation de l’attente, voire d’une réaction violente des futurs perdants. Déjà des candidats* crient à la fraude massive.

*Candidat : personne espérant remporter l’élection. Elle est extrémiste : se prenant trop au sérieux ou pas du tout. Certains se dégonflent juste avant l’examen pour lequel ils disent avoir tant travaillé. D’autres se prétendent messagers de Dieu ou, plus simple, l’espoir de la jeunesse.

Faux suspense

20 heures. Les résultats arrivent région après région. Le peuple* semble avoir choisi de reconduire le président sortant.

*Peuple : lot de personnes qui se fait duper à chaque scrutin, mais revient aux urnes. En 2015, le peuple renvoie à 14% des 22 millions d’habitants. Soit à peine plus de trois millions de suffrages exprimés.

Je suis un peu déçu. J’espérais un match plus serré. Le candidat-président a obtenu une écrasante majorité* dès le premier tour. Fin du (faux) suspense.

*Écrasante majorité : variante de la majorité simple. Ici, plus de deux millions et demi d’électeurs totalisent 83,66%. Le chiffre donne le tournis aux adversaires. Mais cette écrasante majorité ne constitue en fait que 12% de l’ensemble de la population.

Fausse maturité

Certains disent que les Ivoiriens sont devenus matures. Je ne suis pas de cet avis.

Nous sommes heureux que les candidats malheureux appellent au calme. Il fut des temps où les (mauvais) perdants lançaient des appels à manifester. La population* sortait se faire massacrer en direct sur les chaines étrangères.

*Population : synonyme de « peuple » et surtout de chair à canon.

Certains disent que les Ivoiriens sont devenus matures. Je ne suis pas de cet avis. Cette présidentielle était sans enjeu. La maturité, c’est en 2020* que nous pourrons en juger.

*2020 : en principe, c’est l’année de la prochaine présidentielle. Un scrutin à la fois redouté et très attendu. Plus attendu que l’émergence, dont ma poche attend toujours les prémices.

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