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Ndadaye ne repose pas en paix

Branly était un présentateur à la radio Renaissance aujourd’hui détruite. Comme tant d’autres journalistes, il est à la maison et il limite ses sorties. Dans ce billet en forme de carnet de voyage, il se demande si nous honorons réellement le héros de la démocratie. Durant son voyage, il n’a observé qu’un seul drapeau, celui du CNDD-FDD flottant sur son chemin. « Est-ce normal », se demande-t-il.

Par Branly Nzihindura

Il est 10h à Bujumbura. Je viens d’être informé que j’ai été retenu pour une formation qui se tiendra pendant deux jours dans la province de Ngozi. Ah oui, cette province qui a vu naître notre président de la République. C’est pour la deuxième fois de ma vie que je vais m’y rendre. Et depuis que cette crise politico-sécuritaire frappe mon pays, je me réserve de tout voyage. Cette formation m’était très utile. Je devrais m’y rendre.

Très rapidement, je fais ma valise et direction la gare du nord.

A 13h45, j’arrive à cette gare, un terminus des bus venant de la région nord du pays. Je prends place dans l’un d’eux. Le chauffeur commence à raconter au client assis à ses côtés, comment était sa soirée et surtout ce qu’il avait vécu la veille, sans le moindre détail. Comme s’il attendait que j’entre dans son bus pour nous partager sa soirée. Soudain, il s’exclame : «Baraye banyumvishije sha ! ». Littéralement : « Ils m’ont fait comprendre ! » Cette phrase attira mon attention. Le quartier où je vis est plus ou moins calme et il est éloigné de la ville.

Le client, perdu dans la phrase, demanda plus d’explications. Mais le chauffeur se tut. Pas un mot de plus. Il ordonna plutôt au client de bien ranger ses affaires à l’arrière.

Je savais qu’à Kamenge la nuit est parfois longue, trop longue. Quand ça tire, on a l’impression que le soleil se cache aussi pour ne pas mourir. C’était, une fois de plus, le cas. Il m’a fallu procéder à la devinette pour que je me fasse une idée. Je me disais que quoiqu’il lui soit arrivé, il n’aimerait pas le revivre. Voilà donc quelqu’un qui ne vit pas à Bujumbura. Chez nous, c’est l’habitude !

A 14h00’, le bus démarre. On prend la route nationale numéro une. Assis près d’une fenêtre, je contemple les alentours. On fait juste deux cents mètres, je vois un premier drapeau du CNDD-FDD. C’est normal que des drapeaux des partis politiques embellissent les routes. Mais arrivé à Bukeye, seul l’aigle survole la localité. Je me demande alors pourquoi je n’ai pas vu jusque-là de drapeau d’un autre parti. Je garde espoir. Quatre kilomètres plus loin, même constat. Et cela, jusqu’à Ngozi, au chef-lieu de la province. Est-ce normal ?

Nous vivons dans un pays où un seul parti est présent dans les institutions et sur terrain. Peut-on parler de démocratie quand les gens ne peuvent s’exprimer librement sans crainte?

Le 21 octobre nous commémorons l’assassinat du héros de la démocratie, Melchior Ndadaye. Avons-nous vraiment honoré sa mémoire ? Tant que la liberté d’opinion, d’exercer ses droits civiques et politiques est mise à mal, nous serons en train de mépriser le sacrifice de ce héros qui, pourtant, a tout donné, pour que le pays ne soit pas démocratique que de nom. Il ne repose pas en paix.

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