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Le tort de vivre dans un quartier contestataire

Pour Rivardo Ntadambanya, la punition est sévère. Vivre dans un des quartiers contestataires a de lourdes conséquences : la peur, à cause des tirs et des arrestations, le chômage et la faim, à cause des blocus. Il revient sur l’évolution de la vie dans ces quartiers.

Depuis le début des manifestations, en avril 2015, résider dans un quartier contestataire est une rude épreuve, un signe de persévérance, d’un cœur dur, de tolérance, et de scepticisme.

On est confronté à des scènes difficiles à décrire, parfois à des actes vraiment inhumains. On passe des nuits blanches ponctuées par les arrestations ou les exécutions puis on subit les blocus…

Contrôle des opposants  

Après le coup d’État manqué, tout changea.

Au début, les manifestants sont parvenus à contrôler certains quartiers, devenant ainsi les garants de la sécurité. Les agents de l’ordre faisaient tout leur possible pour étouffer le mouvement. Les enfants tombaient malades suite à des gaz lacrymogènes, les fonctionnaires et les hommes d’affaires ne pouvaient plus accéder à leur lieu de travail, toutes les sorties du quartier étant bouclées par des barricades érigées dans toutes les ruelles.

Il fallait obéir, laisser tomber le travail, sous peine de passer des nuits sous le harcèlement des manifestants. À ce moment, certaines familles ont décidé de quitter ces quartiers pour aller dans d’autres plus calmes.

L’après Coup

Puis, après le coup d’État manqué, tout changea. Après les policiers armés de matraques et des gaz lacrymogènes, vinrent des policiers, désormais sans casque ni bouclier mais abordant des fusils à trois chargeurs. Des policiers avec un autre regard que les précédents. Des policiers toujours prêts à tirer.

Ils patrouillaient partout, dans tous les quartiers. Ils faisaient peur aux résidents. Les enfants ont été les premières victimes de cette vision. On voyait souvent des gamins du quartier imitant les policiers dans leur posture, prenant des bâtons pour des fusils, les braquant sur tous les passants. Une drôle de tragédie !

Qui tirait sur qui ? Et surtout, pourquoi ?

Les ruelles qui étaient occupées par les contestataires devinrent peuplées par des gens en tenue policière. La chasse aux antis troisième mandat commença. Tous les jeunes, manifestants ou pas, étaient la cible des enlèvements, des séquestrations. Ils n’avaient qu’à chercher un abri pour revenir quelques mois plus tard.

L’ère des tirs nocturnes

Juste avant le début du scrutin, tout bascula à Bujumbura. Les habitants des quartiers jadis contestataires ne faisaient plus de rondes nocturnes. Des inconnus commencèrent à tirer pendant la nuit. Qui tirait sur qui ? Et surtout, pourquoi ? Cela reste un mystère.

Tous les habitants, jeunes et adultes, devaient rentrer tôt et s’enfermer dans leurs ménages. Au réveil, on trouvait des policiers toujours à leurs postes. Comme si de rien n’était. On pouvait aussi trouver des corps sans vie dans les caniveaux ou sur les bords des rues du quartier. Et aujourd’hui, tout cela continue, inexorablement.

Désormais, rien n’a changé  

Pierre Nkurunziza a enfin prêté serment et un nouveau gouvernement a été mis en place. Il est en fonction avec comme première préoccupation déclarée de « rétablir la sécurité ». Pourtant, les tirs des inconnus continuent toujours.

Comme l’identité des auteurs de ces tirs, ma faute reste inconnue.

Désormais, un quartier qui a la malchance de se coucher sous des tirs, se réveille dans un blocus général. Des policiers placés sur toutes les sorties, empêchant toute circulation. Dans les premiers temps, on pensait naïvement que la police venait faire son travail de fouille-perquisition. Mais nous l’avons vu, ce n’est pas le cas.

L’ordre est de ceinturer tout le quartier depuis le matin jusqu’au soir. Dans certains coins, les policiers peuvent révéler aux résidents que le blocus sera pour trois ou quatre jours, voire plus.

Faute inconnue

Pourquoi enfermer tout le monde ? Sommes-nous tous coupables ? Pourquoi la police ne fait pas seulement son travail de fouille ?

Pauvre habitant que je suis. Je ne dors pas la nuit, je ne travaille pas la journée, je m’enferme dans ma chambre, le ventre creux. Et pourtant, comme l’identité des auteurs de ces tirs, ma faute reste inconnue.

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