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L’enfant que je ne fus pas

Dans ces vers, aux ingrédients d’une nouvelle, Franscisca Gapiripiri semble faire un clin d’œil à ceux qui recourent à la violence comme un moyen de résoudre un problème. Elle ne résout rien. La violence engendre la violence, dit-on. Elle détruit des vies et emporte des êtres chers. C’est l’histoire d’une enfance volée par la guerre. Quelle adulte est-elle aujourd’hui ?

Par Francisca Gapiripiri*

Un bruit indescriptible.
Un déchirement aigu dans le silence et même dans le bruit ambiant des rues de ma ville.
Plus fort, plus angoissant que le son du tambour.
Je ne savais pas comment réagir à un tel bruit.
Un coup d’œil à ma mère et sa tension fut contagieuse.
S’en est suivit une course à pieds. Ma main moite serrée dans celle de mon oncle qui vivait à la maison.
Ma mère portait mon petit frère, D. et la nounou portait l’autre frère, I.
On courrait en zigzaguant derrière les maisons sous l’éclairage providentiel de la lune,
Violant l’intimité de nos voisins.
Comment courir sur une piste inconnue sans faire de bruit ? Je ne sais toujours pas comment on l’a fait.
Nous passons la nuit à courir, à se cacher dans les caniveaux avant de traverser la route.
Au lieu de veiller à une voiture qui traverse à gauche, mon oncle m’apprend à détecter la traçante d’une balle.
J’apprends à ramper pour avancer et rester sous la hauteur des balles.
J’apprends à ne pas ressentir la piqûre des épines de ces plantes de champs dans lesquels on se cache des soldats, de ceux qui tirent et des rebelles.
J’avais cinq ans ce jour d’octobre 1993
J’avais cinq ans et ce fut la fin de mon enfance
J’avais cinq ans et la politique me vola mon père.

Yaga photo enfant de la rue

Un bruit indescriptible,
C’était le tir d’un blindé. Un obus venait de tomber sur le mur vers lequel je courrais me réfugier avec mon oncle et ma tante. N’eut été la lenteur de mon frère pour courir, je me serais prise l’obus ensevelie sous le mur.
Mon oncle me happa de sa main forte et me serra contre le mur porteur de ce qui était la toilette de la maison détruite. Nous attendions ce qui me sembla une éternité. Les yeux écarquillés, le cœur battant la chamade, j’en suis à je ne sais quantième « je vous salue Marie dans ma tête, » attendant que le blindé passe. Il s’arrêta à deux cent mètres de nous sur la route. Peut-être attendaient-ils de voir que nous avions survécu pour finir la tâche.
Pourquoi quelqu’un ne voulait pas que je vive ?
Mais si je mourrais, alors qui prendrait soin de I. ?
Maman me disait que je devais grandir, et aimer mes frères car je serai leur maman quand elle ne sera plus là.
Mais si je ne vis plus, qui sera la maman de I. et de D. ?
La Vierge Marie ? I. n’avait que cinq ans. C’était un bébé, il ne savait pas encore prier.
Après un temps interminable, le blindé repartit. Et nous reprîmes notre route.
J’avais six ans ce jour 1994, sans aucune notion du mois
J’avais six ans, je n’étais plus une enfant
J’avais six ans et la politique s’était emparée de mon père
J’avais six ans, ma mère m’avait déjà appris que c’était interdit de baisser sa jupe ou sa culotte devant un homme.

Francisca Gapiripiri est un pseudonyme

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Les commentaires récents (2)

  1. Je felicite l’auteur de ce text et l’equipe Yaga Burundi. L’histoire de cet enfant m’inspire et me rappelle quelque chose. La plupart des enfants de la generation nonante ont vecu ces genres de scenarios de guerre et cela a un impact sur leur moral. Burundais, ayent l’esprit patriotique et eviter toute guerre afin de vivre et laisser vivre les futures generations le  »Burundi du lait et du miel. »

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