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Après « le temps perdu » dans les manifestations, « je suis prêt à travailler »

Le blogueur Rivardo Ntadambanya a participé aux manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Dans cette missive, il fait part de ses déceptions au chef de L’État, lui présente ses rêves et ses doléances.

Son Excellence Monsieur le Président,

Avant toutes choses, laissez-moi vous présenter toutes mes félicitations pour votre réussite à l’élection présidentielle. Vous êtes désormais élu et installé. Et vous avez gagné cette course en dépit des dires de beaucoup qui présageaient qu’aucune élection ne pourrait avoir lieu au Burundi.

Les oiseaux de malheur démentis

Quand la Belgique, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres pays abandonnèrent de financer les élections, tout le monde avait dit : « Oh, pauvre Burundi voué au diable ! Les élections sont vouées à l’échec. »

Quand l’Église catholique se retira de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), d’autres se sont joints à cette prophétie et pensaient alors que c’en était fini des élections. Puis, le jour où les deux femmes de la même commission jetèrent l’éponge, on avait carrément oublié que des élections étaient prévues cette année.

Heureusement, vous avez tout fait pour résoudre le problème. Cela témoigne d’une franche dose de témérité. Vous avez défié les prophéties et montré votre capacité à rester au sommet. Vous avez vite fait de réprouver toutes les prédictions. Je vous en félicite.

Il est temps que les tueries, les rumeurs, les emprisonnements et les violences cessent.

Relevons-nous

Désormais, vous êtes réélu. Je salue votre ambition pour notre pays telle que vous l’avez présentée dans votre discours face au peuple burundais et la communauté internationale. Après l’élection, vous nous avez promis que la paix, la sécurité et le développement vont envahir tout le Burundi. Voilà une bonne vision pour le pays.

Aujourd’hui, maintenant que le fameux mandat a trouvé son destin, je pense qu’il est temps pour tous les Burundais de travailler pour le pays et d’arrêter de le salir en brûlant des pneus ou en érigeant des barricades dans les quartiers.

Il est aussi temps que les tueries, les rumeurs, les emprisonnements et les violences de toutes sortes cessent dans notre pays. En dehors des pertes humaines, l’économie du Burundi pâtit aussi de cette situation.

Drames humains et économiques

Maintenant, j’aimerais vous dire que ces derniers temps ont été particulièrement pénible pour moi. Je m’attendais, après le 20 août, à ce que Bujumbura retrouve la vie mais j’ai constaté exactement le contraire. Emprunter les avenues de la capitale s’avère particulièrement difficile. Depuis le 20 août, la majorité des accès ont été bloqués par des forces de sécurité. Ceux qui possèdent des véhicules n’ont pas été capables d’arriver à leur lieu de travail. De nombreux fonctionnaires ont commencé leurs journées très en retard, si d’aventure ils arrivaient à leur bureau.

Le problème de circulation handicape sérieusement la productivité du pays.

Pour ma part, le jour de votre départ pour la semaine d’action de grâce, ce problème de circulation a pris une tournure dramatique pour plusieurs personnes de mon entourage. Ma nièce devait accoucher ce jour-là. Elle venait d’être admise pour une césarienne. Le médecin qui allait faire l’opération venait de Gitega et il fut bloqué à cause des nombreux barrages. Ma pauvre nièce mourut pour manque d’assistance.

Quant à mon oncle, qui a été victime d’un violent saignement, l’organisation sécuritaire de la ville l’a empêché d’arriver à l’hôpital à temps. Il n’est pas mort mais son état est critique.

En dehors de mon histoire personnelle, ce problème de circulation bloquée pour assurer la sécurité crée une perte de temps absolue qui fatigue les esprits et handicape sérieusement la productivité du pays .

Ouvrez les voies, je suis prêt 

À ce rythme comment sera le Burundi dans cinq ans ? Et quand ce « respect » qui paralyse la circulation s’étendra aux ministres et autres honorables, qui sera capable de travailler ? Arrivera-t-on au développement durable promis ?

Permettez-moi, Monsieur le Président, de travailler en toute sécurité et librement.

Je suis encore jeune. J’ai des rêves pour mon futur et celui de mon pays. Je regrette le temps perdu dans des manifestations. Ces quatre mois où les mauvaises nouvelles se sont enchaînées, je veux les oublier.

Maintenant, je suis prêt à travailler. Je dois mener un combat pour le développement de ce pays. Permettez-moi de le faire, Monsieur le Président, en toute sécurité et librement.

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