article comment count is: 0

Myrthe Ekuba, Miss combat

« C’est par passion, par amour et par charité que j’ai créé ma fondation. C’est parce que j’ai vu les gens de ma contrée souffrir. »

Belle, élégante et intelligente, Myrthe Ekuba rêvait d’une belle carrière de journaliste. Mais à l’âge de 17 ans, le mannequinat l’a « embrassée ». Armée d’humilité et de sobriété, elle a su éviter tous les pièges auxquels expose le métier de top modèle pour se tracer un parcours à la fois atypique et exemplaire.

Agée aujourd’hui de 27 ans, elle met sa réussite au service des plus démunis, notamment des pygmées, à travers la fondation qui porte son nom. Dans cette émission, la plus adulée des mannequins de l’Afrique centrale nous parle de sa vie et de ses activités au profit des couches les plus défavorisées de son pays, la RDC.

Cette interview a été réalisée par Joëlle Botamba de la RTGA, une de nos radios partenaires à Kinshasa en RDC.

Joëlle : Myrthe, ton histoire avec le mannequinat, commet ça a commencé ?

Myrthe : Tout enfant a un rêve. Et j’aimais beaucoup les passerelles utilisées dans les défilés de mode ; je rêvais d’y défiler. Dans pratiquement toutes le photos quand j’étais petite on pouvait m’identifier par mes poses. J’ai appris à participer aux mini concours de mode ou de beauté très jeune.

À quel âge as-tu commencé à défiler pour les couturiers ?

C’était à 17 ans. Mon père avait exigé que j’ai mon bac avant d’entamer cette carrière. Quand je l’ai eu, j’ai commencé à m’entraîner sérieusement.

Comment as-tu vécu les premiers moments de ta carrière ?

C’était pas facile, je dois dire. On apprend à marcher, on vous impose beaucoup de choses. Parfois, il faut donner des pots-de-vin pour qu’on vous mette sur une liste pour défiler. L’arrivée dans cet univers, ce n’était pas du tout facile.

Quels souvenirs tu en gardes ?

Beaucoup de choses en tant que mannequin et aussi en tant que miss [Myrthe fut Miss Équateur, NDLR]. D’abord le métier de mannequin m’a permis de savoir ce que les autres pensaient réellement de moi. Dans cette même carrière, les concours de miss m’ont permis d’avoir confiance en moi-même.

Le mannequinat a été pour toi un rêve d’enfance mais qu’est-ce qui te plaisait le plus ?

C’était plutôt la manière de présenter les tenues, surtout les tenues africaines. À chaque fois je me demandais quelle pose je pourrais faire pour telle ou telle tenue, comment on me percevrait sur la passerelle avec cette autre tenue, comment les gens verraient le vêtement etc. En fait, c’était les tenues qui m’attiraient le plus.

Quel type d’enfance as-tu eu ?

Je ne viens pas d’une famille très modeste. J’ai un papa qui s’est débrouillé, ma mère aussi. Je n’étais pas comme les autres enfants. On me voyait toujours différemment par ma manière de réfléchir. On me disait toujours que je voyais grand. Je ne me limitais pas à mon environnement car mes parents ne pouvaient pas penser en termes de luxe et ils ne pouvaient pas me mettre dans une grande université à l’étranger.

Qu’est-ce qui t’as manqué dans cette enfance ?

Je voulais faire de très bonnes études. Je voulais que mes parents soient prêts à me donner ce que je désirais. Mais les conditions ne m’ont pas permis d’avoir ce que je voulais. Ma mère me disait toujours il faut se contenter de ce que l’on a.

Qu’est-ce que cela t’as appris dans la vie ?

Ça m’a appris à m’accepter moi-même et à chercher les moyens pour devenir meilleur. C’est bien de rêver d’avoir une vie de rose mais il faut se battre, il faut avoir du courage pour que ce rêve devienne une réalité. Il faut d’abord accepter son état et quand on accepte cela, on a une prise de conscience, on peut voir comment changer le monde. Quand on ne sait pas d’abord accepter ce que l’on est, c’est difficile de changer les choses.

Et un mannequin peut-il changer le monde ?

Pourquoi pas. D’abord, quand les gens voient des mannequins, les gens se disent que ce sont des prostitués, des filles légères. Mais un mannequin peut diriger le pays. Ce n’est pas un métier moins bien que les autres, il faut juste être sérieux dans ce que l’on fait. Et alors vous pouvez changer le monde d’une manière ou d’une autre.

Quels ont été les moments les plus mémorables de ta vie de mannequin ?

Le mannequinat m’a permis de voir les mannequins d’autres horizons. J’ai vu comment est-ce qu’on défilait ailleurs.

Est-ce que ces mannequins de tel ou tel pays correspondent à l’idée que l’on s’en fait ?

Comme je viens de la RDC, certains pourraient se dire que peut-être je ne connais pas assez bien le métier. Mais quand on est en compétition, on se dit qu’en fait la RDC peut lever la tête et recevoir des félicitations. On a des couturiers étrangers qui viennent aujourd’hui en RDC. L’un d’entre eux m’a dit que j’étais bonne mais je voyais que j’avais un grand bassin par rapport aux autres filles étrangères. Pourtant, j’ai été sélectionnée. Voir les autres filles très maigres est aussi une chose qui m’a marquée dans ma carrière.

Qu’est-ce qui est le plus dur quand on exerce ce genre de métier ?

Il y a beaucoup de contraintes dans ce métier, surtout ici dans notre pays. Les femmes sont victimes de beaucoup d’harcèlement. Le mannequin devient une source de plaisir pour certains hommes qui après avoir vu une fille sur la passerelle se disent « tiens moi je veux la voir » et ensuite notre entourage, parfois le coach, peut nous dire d’aller discuter avec telle ou telle personne et c’est fait d’une façon qui peut s’apparenter à du harcèlement.

Ça t’est arrivé plusieurs fois ?

Oui ça m’est arrivé, bien sûr. Il y a des personnes qui peuvent venir d’Europe qui veulent me donner 500 dollars et la personne veut sortir avec moi, pas par amour mais avec un objectif en tête. Je fais toujours l’effort de résister.

En résistant tu ne craignais pas pour ta carrière ?

Oui, à certains moments j’ai été rayée de certains défilés. Pour un propriétaire d’agence, ce fut une déception de se voir dire non. Quand tu veux montrer que tu es ce genre de fille face à des personnes influentes, il y a des conséquences professionnelles. Il faut se battre.

Aujourd’hui, tu consacres la plus grande partie de ton temps à t’occuper des plus démunis. Pourquoi un tel engagement ?

C’est d’abord par passion. La personne qui peut comprendre la douleur de l’autre c’est une personne qui a connu cette même douleur, qui a connu peut-être la souffrance des autres ou la stigmatisation. Même si je n’ai pas forcément connu ça moi-même, j’ai vu cette stigmatisation et j’ai pris conscience des inégalités. C’est par passion, par amour et par charité que j’ai créé ma fondation. C’est parce que j’ai vu les gens de ma contrée souffrir.

Quand j’étudiais au village, j’ai le souvenir que les enfants pygmées n’avaient pas le droit de fréquenter les mêmes écoles que les bantous. Les gens discriminés ont envie d’étudier et d’avoir un venir mais ils sont limités par leur appartenance à une communauté stigmatisée. C’est ce qui m’a poussé à créer cette association qui s’occupe notamment des femmes et des enfants pygmées.

Des enfants qui bénéficient de l’action de la fondation Myrthe Ekuba…

 

Aujourd’hui, on est en train de créer en province un centre professionnel pour les femmes pygmées. On a aussi un centre d’alphabétisation pour rendre ces femmes autonomes en faisant en sorte que leurs enfants prennent le chemin de l’école. Il faut montrer à ces femmes qu’elles sont importantes dans la société. Il faut donner à tout le monde une même chance.

À 27 ans, quel impact veux-tu que ton engament ait sur la jeunesse de notre pays ?

Je vois beaucoup de jeunes gens qui rêvent d’être mannequins ou d’avoir une grande carrière. La vie est un combat et quand on veut se lancer par exemple dans le mannequinat il faut avoir une personnalité combattive. Il faut aussi être vraiment soi-même et ne pas se laisser influencer par l’extérieur.

Partagez-nous votre opinion

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure utilisation sur ce site web.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Si vous souhaitez en savoir plus sur les cookies que nous utilisons, veuillez lire notre politique relative aux cookies.