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La CPI vue par les étudiants endroit de RDC

À Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, la crème estudiantine reste divisée suite à la récente décision de la Cour pénale internationale (CPI) de mise en liberté provisoire des personnes impliquées dans l’affaire Jean-Pierre Bemba. Si certains étudiants estiment que, par ce biais, la Cour « veut se racheter une fois de plus en Afrique » d’autres y voient la marque d’une justice impartiale.

Souvent très critiquée sur le continent africain, la Cour pénale internationale (CPI) laisse une partie de la jeunesse congolaise sceptique après la mise en liberté provisoire d’Aimé Kilolo, Jean-Jacques Mangenda, Fidèle Balala et Narcisse Arido, tous poursuivis pour subordination de témoins dans l’affaire Jean-Pierre Bemba.

Cette décision, rendue par la chambre de première instance de la CPI, est perçue par de nombreux étudiants en droit comme une tentative par la CPI de redorer son image auprès des Africains. Bahati, 23 ans et étudiant à l’Université du Kivu (UNIKIVU) à Goma, estime que « la CPI n’a pas été rationnelle en choisissant des personnes sans importance pour redorer son image en Afrique, précisément ici en RDC, en retenant des « petits poissons »  dans cette affaire. Elle devrait plutôt libérer directement Jean-Pierre Bemba, poursuit-il. Son procès traîne depuis 7 ans. Il y a visiblement un manque de preuves convaincantes pour le faire condamner ».

Les Africains comme cibles systématiques

Pour cet étudiant comme pour d’autres, tous futurs juristes dans le système judiciaire congolais, la CPI est l’instrument du nouveau colonialisme de l’Afrique par l’Occident. Nombreux sont ceux qui estiment qu’à La Haye, seuls des Africains sont jugés. Bahati étaye son opinion : « Aucun terroriste, ni président européen, asiatique, ou américain n’a été jugé alors que certains ont commis ou commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Personne n’a jamais été inquiété dans ce cadre à l’exception des Africains. »

Bahati est loin d’être le seul à penser ainsi. D’autres étudiants vont même plus loin et proposent la création d’une cour de justice africaine afin d’assurer une indépendance dans les affaires des Africains. « Car les linges sales se lavent en famille » dit-on. Pour Bahati, cette libération provisoire n’est qu’une mascarade et ne sert qu’à véhiculer l’idée selon laquelle la CPI peut parfois être « gentille » à l’encontre des prévenus Africains.

Regarder la CPI autrement 

Mais à Goma, certains jeunes étudiants en droit ont beaucoup d’estime pour cette institution qu’ils ne considèrent pas comme un instrument du colonialisme mais au contraire comme un élément de dissuasion à l’encontre de tous, notamment à l’encontre des chefs d’État prêts à tout pour se maintenir au pouvoir.

Une cour de justice africaine risquerait de devenir un « club des chefs d’État africains »

En ce qui concerne la mise en liberté provisoire des trois prévenus de l’affaire Bemba, ces étudiants pensent qu’elle est une preuve de plus de l’impartialité de la Cour. « Moins de preuves, moins de risques d’y rester », selon Kambale, 25 ans, qui fait partie de cette école de la jeunesse congolaise qui voit d’un bon œil l’action de la CPI en Afrique. « Non seulement on est pour la CPI en Afrique mais aussi pour le renforcement de son mandat dans les pays membres ainsi que pour l’adhésion des autres pays non membres », rétorque ce dernier à ceux qui pensent que l’institution internationale ne devrait pas avoir sa place sur le continent.

Kambale croit bien que la création d’une cour de justice africaine serait une bonne initiative pour l’Afrique mais, pense-t-il, elle risquerait elle aussi de devenir un « club des chefs d’Etat africains », à l’image de l’Union africaine, qui protège les présidents entre eux afin de ne pas être touchés.

Malgré tout, sur le continent africain et particulièrement en RDC, la CPI reste dans le collimateur des jeunes et chaque opportunité de la critiquer est largement exploitée par ses détracteurs. Mais comme le dit l’adage : « Peu importe l’aboiement du chien, la caravane passera toujours. » 

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