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La bizarrerie burundaise

La politique burundaise s’apparente à un labyrinthe. De l’extérieur, elle est difficile à comprendre. Lorsqu’on y entre, il faut du temps pour s’y retrouver. On s’y perd, on tourne en rond. Beaucoup s’y complaisent finalement et souhaitent ne jamais en sortir.

Depuis des décennies, la politique burundaise ne cesse d’étonner. À l’exception des adeptes de la philosophie de Nicholas Machiavel, beaucoup la trouvent bizarre. Une politique des extrêmes aux alliances corrompues. C’est ça : tout le monde veut tout et tout seul.

« Des systèmes rancuniers, menteurs et hypocrites n’ont fait que se dupliquer. »

Un simple regard sur l’histoire de ce pauvre petit pays d’Afrique fournit les raisons de cette singularité. Un pays qui a pataugé dans toutes les misères politiques finit souvent dans l’étrangeté de cet ordre. Des générations sont victimes d’une société qui les a éduquées – ceux qui ont essuyé et infligé de la violence la plupart de leur vie sont en fait des enfants de leur environnement sociopolitique. Certains ont tant développé cet instinct méchant et assimilé l’administration de la violence, la technique d’exclusion et de discrimination, qu’ils ont dépassé leurs maîtres.

Cette cyclicité vicieuse est due aux systèmes politiques qui se sont relayés dans le pays. Des systèmes jaloux, méchants, rancuniers, menteurs, démagogues et hypocrites n’ont fait que se dupliquer. Des systèmes injustes et « amoureux » du pouvoir ont toujours produit des semblables. Des fuyards ont créé des fuyards, des orphelins ont tué des parents.

La triade politique

« Ici se place la tolérance zéro d’une opinion contraire. »

Toutes les occasions de renforcement de la démocratie ont ainsi été ratées pour une simple raison : il n’y a pas de modération dans la politique burundaise. Tout le monde est avide de pouvoir avec ou sans raison. Trois catégories apparaissent : ceux qui veulent garder le pouvoir jusqu’à la fin des temps (avec ou sans légitimité), ceux qui le conquièrent bec et ongles parfois malicieusement, ceux qui sont nostalgiques mais incapables de le reprendre.

Il est difficile de vivre le juste milieu politique (qui apprécie le bien et condamne le mal) au milieu de cette triade. La morale utilitariste y a chassé la vertu. Tout le monde y lit la loi selon ses intérêts égoïstes et non au nom du bien-être du peuple. Tout le monde y souhaite le déluge après lui. Ici se place la tolérance zéro d’une opinion contraire. On note l’exemple des frondeurs et des viscérales divisions qui rongent l’opposition politique burundaise. Souvent, les moins légitimes – quel que soit le camp – écartent les plus présentables.

C’est un jeu où le modéré est plus ennemi encore que l’adversaire. La peur survient de saluer X parce que Z est dans les parages. Ainsi, il est préférable de n’avoir aucun ami que d’en compter dans les deux camps. En cas de tolérance, la malédiction s’abat sur vous.

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