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Vous nous êtes utiles à Kigobe que dans les rues

On dirait que les choses nous arrivent pour disparaître enfin de compte. Perdu, fourvoyé, embarrassé, réduit au silence par soi-même, anéanti par son indécision, par des logiques perverties, tarées, dévergondés et détournées, noyé par son désir fou de tout gagner ou tout perdre, hanté par des déceptions qu’il aurait eues dans les années antérieures, floue pour être transparent et transparent pour être opaque. Est-ce que le peuple doit être victime de l’immaturité politique des politiciens burundais ? Que faut-il attendre d’eux ?

Par Fridolin Nzambimana

On se souvient sans doute des manœuvres et des comportements irresponsables de 2010 après les législatives et communales. Une partie de l’opposition politique a boycotté le processus. Le train était déjà en marche, elle a préféré sauter par la fenêtre. Néanmoins, le bus ne s’est pas arrêté. La machine a continué à tourner. Les politiciens de l’opposition ont trahi leurs votants. Ils avaient placé leur confiance en eux et pour leur récompenser, ils ont quitté le navire, y abandonnant tout ce monde qui était derrière eux. Déception, déplaisir, mécontentement, crève-cœur, contrariétés, désappointement… Le peuple était vraiment choqué. Il a vécu sous le choc pendant ces 5 dernières années car le bâtiment de Kigobe était majoritairement monocolore. Ils (politiciens de l’opposition) ont exposé sa démocratie au danger.

Il faut distinguer l’opposition radicale de l’opposition participative comme il faut différencier la société civile jusqu ‘au-boutiste et la société civile modérée. Pour un pays comme le Burundi, il faut reconnaître l’existence de ces deux catégories de la part des acteurs politiques et des activistes de la société civile. Les reconnaître revient aussi à les écouter, à prendre la peine de comprendre la motivation de leur position sur des questions qui intéressent la vie nationale car le mot qui est toujours véhiculé faisant sans doute le centre de gravité de leurs propos est «le peuple ». Parfois, on se demande qui réellement parle pour le peuple. Or, parler pour le peuple signifie en d’autres termes être mandaté par ce peuple. Et, dans un sens démocratique, on sait comment le mandataire reçoit une procuration de la part du peuple pour agir en son nom ou pour défendre ses intérêts. Cette procuration est le vote.

Yaga

Pour une démocratie aussi jeune comme celle du Burundi, tout doit porter sur des débats constructifs et intellectuels, des arguments forts pour défendre son opinion. Cela n’est possible que si le hall de kigobe est multicolore. Les élus, dans toutes leurs ressemblances et dissemblances, aiguisent leurs matières grises, chauffent leurs têtes, bossent avec toutes leurs énergies car ils savent que seule une opinion ayant été soutenue par de forts arguments prévaudra. C’est ce combat à la base des idées qui fait avancer la démocratie. Refuser d’y entrer alors que le peuple t’a donné accès est un mépris pur et dur. Un simple geste suffit pour s’imposer. On se souvient du rôle joué par Niyoyankana pour bloquer la révision de la constitution. Vous rendriez un grand service au peuple, à la nation et à la démocratie plus à Kigobe que dans les rues.

Rwasa Agathon, jamais président du Burundi ?

Les mêmes grands messieurs qui ont trahi leurs votants en 2010 risquent de refaire le même geste avec 2015. Nos arrières grands pères qui disaient que « Igiti ntikigukora mujisho kabiri kiba gishaka kurimena » (littéralement : l’œil ne se fait pas blesser deux fois sans qu’il se fasse détériorer) ont toujours raison car « kinwa ca mzee kinanuka alafu hakisemi uongo » (la bouche d’un sage peut puer mais ne profère jamais de mensonges). Ils se sont évanouis en 2010. En 2015, leurs votants, malgré qu’ils aient appelé au boycott, les croyaient bien épanouis. Ils (votants) les croyaient avoir tiré une leçon que la politique de la chaise vide ne résout rien. Leurs votants croyaient que, comme une tortue dans sa carapace, se déplaçant doucement mais sûrement, finit par arriver à destination essoufflée mais pas étouffée, ils pourront cette fois-ci être à la hauteur de leurs intérêts et ambitions personnels, pour venir au secours de la démocratie. Une désillusion de plus, encore une déception.

Le peuple ne doit pas être victime d’un manque de clairvoyance et de visions de ses hommes politiques. Il a donné une occasion en or aux opposants radicaux d’entrer dans le jeu et de commencer la danse. Ils ont esquivé cette responsabilité. De quoi sont-ils capables finalement ? Manier les armes ? Il me semble qu’une majeure partie d’eux n’a pas même pris une portion de ce menu. Si vous n’êtes pas capable d’assurer les fonctions vous attribués par le peuple, chers politiciens samandaris, vous feriez mieux de laisser tranquille ce peuple. Une fois la guerre déclenchée, c’est ce même peuple qui en subira les conséquences. Ce peuple se lèvera solide et solidaire pour vous barrer la route car vous lui auriez assez prouvé la limite de vos compétences : Plus fort dans les polémiques pour devenir plus faible devant les responsabilités ou tout simplement l’ingratitude à l’endroit du jugement du peuple.

De tout cela, l’ancien chef rebelle du mouvement PALIPEHUTU-FNL, est le plus pauvre de tous. Le blogueur ancien capitaine au nom de Gratien Rukindikiza avait peut-être raison d’écrire que « Rwasa Agathon ne sera jamais président de la République du Burundi » tout en traçant son parcours politique et les erreurs qui lui ont valu l’humiliation et le discrédit. Cette fois-ci, tout s’affirme, tout s’explique, tout est clair. On attend encore une nouvelle génération des politiciens responsables. Ou peut être bien qu’on a du mal à comprendre leur façon d’agir surtout qu’on dit que « ubugaba bw’umugabo nibwo buryo bwiwe » (la marginalité d’un homme est sa façon de faire). Le tout gagner ou le tout perdre fait du peuple une victime au premier rang.

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