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Je suis fatigué d’enterrer les miens !

Ceci est un témoignage de Rivardo Ntadambanya, un blogueur de Yaga. Avec cette crise qui endeuille le pays, il a enterré plusieurs de ses amis, des proches et des membres de sa famille. Il n’est plus le même. La tristesse le ronge tous les jours. En écrivant ce témoignage, il venait d’un deuil et allait à un autre.

Mardi, le jour de l’enterrement des innocents tués à Mutakura le 1er juillet, le jour de la commémoration de l’indépendance. Depuis le début de la crise, je ne fais plus qu’enterrer des personnes tuées par balles. Chaque matin, je me lève pour faire mes adieux à des proches et à des amis. Au début de la crise, j’enterrais des amis, des camarades de l’université mais aujourd’hui, je suis allé enterrer des membres de la famille et demain encore ce sera le cas. Je suis tout simplement fatigué !

En ce moment où mes doigts pianotent le clavier de mon ordi, des larmes chaudes coulent sur mes joues. Je viens du cimetière de Mpanda. Un ancien camarade de l’école primaire, membre de mon clan et de ma famille directe, Eric Ntakuwundi y demeure depuis ce matin. Il était orphelin de père et de mère. Il vivait avec son grand frère à Mutakura. Terminant ses études secondaires, il avait des grandes ambitions pour sa famille et pour le pays. Il n’était pas aussi jeune que Komezamahoro Jean-Nepomucène. Mais à son âge, il ne méritait pas ce sort. Tout comme les Hakizimana, Frank, Fleury, le père ainsi que leur groom.

Déjà la semaine passée, la communauté universitaire et moi accompagnions notre condisciple à sa dernière demeure de Mpanda. Une foule inconsolable assistait tristement à cet enterrement. La mère de Patrick, le défunt, pleurait sans relâche le départ de son benjamin. La grande sœur n’a tout simplement pas assisté à l’enterrement. Elle n’avait pas plus de force pour se tenir debout. Et le même jour, le corps d’un voisin assassiné en Somalie venait d’arriver. Nous l’avons aussi enterré ! Je ne trouve pas de mots pour décrire ma quotidienne tristesse.

A l’heure où j’écris ce témoignage, je m’apprête à aller assister à une réunion de famille pour les funérailles d’un autre membre. Un fils de mon oncle paternel, Désiré Kidwingira, assassiné à Rugombo dans la nuit du 5 juillet. Il revenait du Rwanda où il s’était réfugié avec sa famille craignant des violences électorales. Ô combien était-il cher à la famille ? Il sera enterré demain.

Mains tremblantes, cœur brisé, je ne peux pas cacher les sentiments qui débordent mon cœur : amertume, colère, tristesse… Je ne peux pas non plus sortir un mot pour soulager mon esprit. Mais je me demande si je passerai ma vie à aller à Mpanda pour enterrer des proches tués par la police. Déjà que c’est dur de voir des pères et mères aller enterrer leurs enfants. Et combien dur est de les voir enterrer des fils que des hommes ont décidé d’ôter la vie ? Suis-je programmé pour vivre un deuil prolongé Ça suffit ! On est vraiment fatigué.

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Les commentaires récents (1)

  1. C’est très décevant de voir les personnes qui devraient normalement protèger la population mais la maltraiter et la tuer. Je pense que la notion de ‘ devoir ‘ échappe à la police. Birababaje
    #Sindumuja_wapi!!!

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