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Burundi : les fuites, le bling-bling et la mort

Au Burundi, ces deux dernières semaines ont été chargées en « affaires ». Les scandales et les deuils se sont multipliés et ils ont touché toutes les strates de la société. Retour sur les moments les plus marquants avec le blogueur Armel Gilbert Bukeyeneza.

Deux fuites

« L’avion qui devrait ramener le deuxième vice-président Gervais Rufyikiri de sa mission serait le même que vient de prendre Pie Ntavyohanyuma, président de l’Assemblée nationale », ironisait un internaute sur la fuite de deux grandes figures du pouvoir de ces dix dernières années à Bujumbura. À ce sujet, le web s’est enflammé. Les esprits se sont échauffés. Pourtant, le premier concerné, le chef de l’État, qui perdait des serviteurs de longue date, semble avoir bien digéré la nouvelle. Aucun commentaire. Un non-évènement pour lui.

Deux craquages

 

Les utilisateurs de Twitter gardent en mémoire ce texto de moins de 140 caractères, très agressif pour ne pas dire insultant envers le deuxième vice-président, de la part d’un des dignitaires œuvrant au ministère des relations extérieures.

Cette sortie, jugée déplacée, virera en vraie ruse : aussitôt publié, aussitôt supprimé, le tweet et son auteur se feront railler, avant qu’un autre éminent joueur du système « dd » ne vienne mettre le pied dans le plat en qualifiant de « bon débarras » le départ du deuxième vice-président.

Dégourdi, ce dernier jurera que le fameux Tweet n’a jamais existé. Non seulement personne ne le croira, mais il inspirera de surcroît les esprits affûtés, qui inventeront un nouveau mot. « Nyamitwage » : action de supprimer un Tweet et nier catégoriquement son existence.

De l’élection et du style

Que les législatives et communales n’avaient presque aucune crédibilité, ça, on le savait. Que le taux de participation n’a pas été aussi spectaculaire que celui annoncé par la Commission électorale, ce n’était pas non plus un scoop. Mais le look du président, son style, semble avoir été l’image du jour et, du coup, l’info principale : veste blanche, jogging rip stop, chaussures souplesses ; habillé comme un rappeur, Nkurunziza a enfourché son vélo pour aller voter.

Autour du président, un garde armé jusqu’aux dents. Derrière lui, à pied, la Première dame, marchant tête baissée – on était en droit de se demander quel pouvait bien être le fond de sa pensée.

Bref, un seul personnage a polarisé l’attention lors de cette élection. Peut-être qu’il n’y avait que ça à garder en mémoire concernant ce scrutin…

Deux carnages, un silence

Enfin, les Burundais attendent toujours des explications sur « l’enfer de Mogadiscio », ce massacre organisé par les rebelles El Shebab en Somalie et auquel auraient succombés plusieurs militaires burundais.

Au Burundi, on n’a eu droit qu’à des informations sur les « exploits de la Commission électorale, qui ne ménage aucun effort pour organiser des élections libres, paisibles, inclusives, démocratiques, transparentes,… »

Puis vient ce 1er juillet, jour du 53e anniversaire de l’indépendance. Comme si le sang versé à l’époque par le prince Rwagasore ne suffisait pas, des jeunes se sont fait massacrer hier dans différents quartiers de la capitale, tout près de la tribune d’honneur qui accueillait les hautes autorités du pays au son des fanfares de l’armée et des applaudissements des fidèles.

Les fuites, les enfantillages, le bling-bling et les morts ; est-ce cela, un Burundi indépendant ?

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