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Burundi : des chocs physiques et mentaux

Un mois et huit jours viennent de s’écouler. Plus de 400 blessés ont été évacués depuis lors par la Croix-Rouge du Burundi. Il y a peu, j’étais volontaire et j’ai visité trois hôpitaux de la capitale qui accueillent quotidiennement des dizaines de victimes. Des femmes, des enfants et des hommes aux plaies bandées, victimes des balles et des éclats de grenade.

Les trois hôpitaux que j’ai visités se ressemblent. L’ambiance y est lourde. La cacophonie règne. Les infirmières et les visiteurs, inquiets, circulent en tous sens.

« On me tuera pour une raison valable maintenant. »

Dans une des chambres, je rencontre N.D. Cette habitante de Cibitoke, quartier situé au nord de Bujumbura, a reçu deux balles ; l’une a traversé son bras, la deuxième a failli casser sa clavicule. « Alors que les policiers tiraient à balles réelles pour disperser les manifestants, ces derniers couraient dans tous les sens, raconte la victime, choquée. J’ai couru pour fermer mon portail, pour que les policiers n’entrent pas. C’est là que deux balles m’ont mises à terre. Je ne me souviens pas de la suite. »

Sur son petit lit d’hôpital, cette femme d’une quarantaine d’années pousse des cris de douleur qui virent souvent à l’hallucination. « Je viens de repérer un passage par où on va passer, lâche-t-elle soudain à sa garde-malade. Les policiers ne pourront pas nous y voir ! Et on pourra s’occuper d’eux ! » Lorsqu’elle reprend ses esprits, N.D. jure qu’aussitôt guérie, elle rejoindra les autres dans la rue. « On me tuera pour une raison valable maintenant », affirme-t-elle.

 

Un peu plus loin, J.N. est allongé en salle de réanimation. Ce garçon de dix ans a été amené d’urgence à l’hôpital après avoir été touché par deux balles à la cuisse et au niveau de son bas-ventre à Buterere, également au nord de la capitale. Une fois réveillé, il répète sans cesse : « Yule policier yuko wapi ? » (« Où est le policier ? ») « Il est parti. Il ne te fera plus de mal », essaie de le réconforter sa tante. L’enfant sera finalement sauvé.

Gérer les traumatismes

Au-delà des soins, les garde-malades doivent gérer les conséquences du choc des expériences vécues et les visites fréquentes des agents du Service national des renseignements (SNR) dans l’hôpital à la chasse des manifestants. « Nous sommes obligés de veiller à tout moment à ce que toute personne suspecte n’entre pas dans les chambres », témoigne l’un des garde-malades. Il renchérit : « Après une semaine de nuits blanches, certains d’entre nous deviennent même paranoïaques. »

Quel est le sort de tous ces traumatisés ? Que se passera-t-il pour eux après la crise ? Les blessés guériront. Mais ceux qui souffrent désormais de troubles mentaux, rien n’est moins sûr.

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