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«Mon père, opposant politique, a été tué»

Cela fait un mois qu’ont éclaté les manifestations contre le troisième mandat de l’actuel président. En observant ceux qui protestent dans la rue, on remarque beaucoup de jeunes entre 17 et 35 ans.

Dans ces manifs, certains y trouvent un passe-temps pour courir et chanter en criant haut et fort : « Non au troisième mandat », d’autres ne savent pas trop pourquoi ils sont là. Ce sont juste des amoureux de l’akavuyo (lieu où il y a du chahut, des disputes).

Un jour, j’ai rencontré un manifestant et lui ai demandé la raison qui le poussait à descendre dans la rue du lundi au vendredi, se reposant quelques heures l’après-midi pour ne pas être en retard pour la ronde. À vrai dire, je m’attendais à ce qu’il me déballe des trucs sur les accords d’Arusha, la constitution, etc. J’ai été surpris par ce qu’il m’a dit.

« Je suis l’aîné d’une famille de sept enfants ; trois filles et quatre garçons, a-t-il commencé. J’ai terminé mes études secondaires en 2007, à 22 ans. J’ai attendu une année pour commencer l’université privée, à la faculté de droit. Je rêvais de devenir avocat pour défendre ces gens opprimés qui n’ont pas de moyen de se faire représenter. »

« Mon père, qui payait ma scolarité et subvenait aux besoins de toute la famille, était dans l’un des partis de l’opposition, a-t-il précisé. En 2010, il a été emmené par des personnes travaillant pour le SNR [Service national des renseignements]. On l’a retrouvé quelques semaines plus tard, flottant sur la Rusizi. Il a été tué. Depuis lors, j’ai dû abandonner mes études pour travailler comme serveur dans un bar afin de pouvoir nourrir mes frères et sœurs. »

Aujourd’hui et demain

Ému, le jeune homme a continué son récit : « Aujourd’hui, j’ai 30 ans, je n’ai pas pu continuer mes études à cause du système en place. Du coup, je fais des boulots qui me rapportent entre 3 000 et 5 000 francs par jour. Des fois, je ne gagne rien et on est obligé, mes frères et sœurs et moi, de dormir sans rien se mettre sous la dent. Le peu d’argent que je gagne nourrit directement ma famille. »

« Je n’ai aucun espoir de prospérer tant que les choses seront ce qu’elles sont avec ce président, conclut-il. Parfois, je me demande ce que je répondrai à mon fils quand il verra les autres types de ma génération, devenus des boss, et qu’il me demandera ce que j’ai fait de ma jeunesse. Imaginez que le système en place continue cinq ans de plus, que deviendrons-nous ? Donc, manifester pour que cet homme parte, c’est la meilleure chose à faire pour le bien de nos enfants et de nos petits frères. Parce que je n’attends rien de bon de sa part. »

Je suis resté bouche bée devant ce témoignage. Tant de rêves brisés… Maintenant, je comprends pourquoi ces jeunes résistent tant contre ces policiers qui leur tirent dessus. Que du désespoir.

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