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«La crise m’a coûté mes cacahuètes»

Expatrié à Bujumbura depuis 2010, le Congolais Murhula Aksanti est un jeune entrepreneur. Son business, c’était la vente de cacahuètes torréfiées et salées dans les quartiers chics de la capitale burundaise. Après quelques jours de contestation contre le troisième mandat du président Nkurunziza, il a fait faillite.

Un teint brun, un physique musclé. À premier abord, Murhula Aksanti semble exercer un métier plutôt manuel. Il n’en est pas tout à fait ainsi. Ce Congolais de 28 ans est entrepreneur, vendeur de cacahuètes.

En cinq ans à Bujumbura, son affaire a fleuri. Il avait un bon niveau de vie. Quand les manifestations ont commencé, Murhula s’est d’abord un peu inquiété pour son commerce. Mais il a gardé sa lucidité. « Je suis un capitaliste, déclare-t-il froidement. Pendant que les autres manifestaient, moi, ma vision était de faire du fric au maximum. Le reste, ça ne me concernait pas. »

Le malheur des uns fait le bonheur des autres…

Peu à peu, les débuts de la crise politique se sont avérés être une aubaine pour ce jeune expatrié. « Pendant les marches, les gens achetaient massivement mes cacahuètes, car après plusieurs minutes de manifestation, ils avaient besoin de se mettre quelque chose sous la dent », raconte-t-il.

Ses recettes ont augmenté. Pour accroître ses gains, Murhula a réinvesti ses bénéfices et la moitié de son épargne. « Sur trois jours, j’ai écoulé 10 kg d’arachides par jour, précise-t-il fièrement. Ca me rapportait le triple des recettes habituelles : environ quinze dollars la journée. »

Puis, la chute

Le quatrième jour des manifestations, Murhula Aksanti avait décidé de vendre ses marchandises dans la commune de Rohero. Ce jour-là, il avait torréfié ses cacahuètes dès 4h du matin, aidé par un de ses amis burundais. Il est descendu sur le terrain à pied, comme toujours chargé d’un sac d’arachides sur le dos et son plateau métallique posé sur une main. « Tout à coup, je suis tombé dans une sorte d’embuscade entre les manifestants et la police burundaise », se rappelle-t-il.

Stressé, perdant toute maîtrise de la situation, Murhula a perdu son plateau, renversé par la foule. Ses graines d’arachide ont été écrasées, son sac à dos a été déchiré. Sorti tant bien que mal de la masse, il s’est ensuite rendu compte que l’argent qu’il gardait dans la poche arrière de son jeans avait disparu. Tout en s’estimant heureux de ne pas avoir pris une balle ou avoir été asphyxié par les gaz lacrymogènes, Murhula déclare avoir tout perdu.

Dépité, le jeune congolais est retourné dans son pays d’origine, complètement à sec. Les dépenses qu’il avait engagées pour lancer son commerce au Burundi se sont peu à peu évaporées, tout comme ses affaires. Aujourd’hui, il recommence tout de zéro, en RDC.

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