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Départ à pied pour fuir le Burundi

Depuis le 26 avril dernier, des centaines de Burundais traversent chaque jour la frontière pour trouver refuge dans les territoires d’Uvira et Fizi au Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. Le camp de Luvungi est l’un de leurs points de chute. Le journaliste Delachance Mitima s’y est rendu la semaine dernière.

Alors que je débarque à peine dans le camp, les yeux d’une jeune maman me toisent. Ils sont des milliers à s’être installés depuis peu sur ces lieux, mais son regard attire mon attention.

Elle s’appelle Virginia Nzogirishyaka. Elle pense que je fais partie du personnel humanitaire, que j’enregistre son témoignage afin qu’elle reçoive, à terme, une aide quelconque. Tout de suite, je la déçois ; je ne suis que journaliste. Mais lorsque je sors mon micro, elle dit tout de même vouloir s’exprimer.

Le jour où la crise politique s’est déclenchée au Burundi, ils ont quitté Rugombo.

Un voisin me traduit ses paroles en kirundi. « Moi, j’ai peu de choses à vous dire : allez conseiller Nkurunziza d’être raisonnable et d’honorer sa crédibilité, lance-t-elle. Qu’il évite de plonger notre pays dans une nouvelle guerre. Dites aussi aux pays étrangers de le conseiller, car nous ne méritons plus ça, après toutes ces guerres qui ont secoué le Burundi. »

Virginie et sa famille sont installés dans ce camp depuis deux semaines. Le jour où la crise politique s’est déclenchée au Burundi, ils ont quitté Rugombo, leur commune située dans la province de Cibitoke, dans le nord-ouest du pays. Ils ont parcouru 70 kilomètres à pied au total et ont traversé la rivière Ruzizi en pirogue. « Nous avons fui les attaques et les intimidations des jeunes Imbonerakure [ligue des jeunes du parti présidentiel], qui s’en prennent à tous ceux qui sont contre le 3e mandat du président Nkurunziza, explique-t-elle. Les Imbonerakure ont menacé mon mari de mort, car il était parmi ceux qui refusaient de se joindre à eux. »

Un placement sommaire

Le mari de Virginia est absent du camp. Il est au centre du quartier Kaborogo pour tenter de trouver un bienfaiteur qui lui donnerait un peu de farine ou des haricots. Ici, la nourriture manque. Aucune assistance ne leur a été fournie depuis leur arrivée. Les installations sont, elles, plus que sommaires.

À défaut de bâche pour s’abriter du soleil, Virginia et son mari ont dressé une moustiquaire et l’ont couverte d’un pagne. Deux de leurs trois enfants s’y reposent en-dessous. À deux mètres de là, trois pierres sont posées les unes sur les autres. Il s’agit de la cuisine.

Sur place, j’apprends que l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) envisage de déplacer tous les réfugiés du camp jusqu’à Sange et Uvira. Des sites sont en train d’y être aménagés pour identifier les déplacés et les prendre en charge. « Pourquoi l’UNHCR veut-il nous déplacer dans ces endroits situés juste à coté du Burundi ? Les Imbonerakure pourront alors débarquer de nuit, nous massacrer et rentrer après au Burundi », s’inquiète la jeune maman, les larmes aux yeux.

Après de nombreuses heures passées sur place, je reprends le bus vers chez moi, bouleversé. Je me dis que la récente tentative de coup d’État, la riposte du pouvoir en place, l’éventuelle nouvelle révolte des manifestants, tout cela ne fera malheureusement qu’ajouter très probablement de nombreux Burundais à la liste des réfugiés de Luvungi…

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