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Pourquoi Je suis Arusha ? (#1)

 

Le Burundi vient de passer quarante ans dans un conflit interminable : coups d’Etat, massacres inter-ethniques guerre civile. Une spirale de violence qui a commencé avec l’assassinat du Prince Louis Rwagasore, le héros de l’indépendance, en 1961. Dès lors, le pays a perdu le nord, il a tourné en rond. 

Par Armel-Gilbert Bukeyeneza

Les Burundais se sont entre-tués et ont presque tout détruit. Il a fallu que les acteurs politiques, mouvements rebelles et gouvernement s’asseyent ensemble, parfois malgré eux, sous l’assistance de la communauté internationale, pour trouver une issue favorable. Un long processus qui a finalement débouché sur un consensus : les Accords d’Arusha du 28 Août 2000. Un texte qui a inspiré presque toutes les autres lois, garantissant ainsi la stabilité politique et le respect des principes démocratiques.

Pour la première fois dans l’histoire du Burundi, un président démocratiquement élu vient d’arriver au bout de ses deux mandats, un grand pas. Une lueur d’espoir de voir le Burundi faire un nouveau départ. Une chance d’enfin construire un Etat démocratique qui aura inévitablement des retombées positives sur l’économie nationale, aussi morose depuis des décennies.

Toutefois, cette deuxième chance qui s’offre au Burundi risque d’être gâchée au vu des moments que traverse le pays. Le chef de l’Etat veut un troisième mandat bravant ainsi les Accords d’Arusha. Les manifestations contre cette décision du Président de la république ont déjà fait une quinzaine de morts. Les camps se radicalisent. Le pays est au bord du gouffre.

Il s’avère que la question du troisième mandat du chef de l’Etat soit avant tout une affaire d’histoire et d’avenir avant d’être un simple contentieux politique. Si le président passe en force, ceci brisera tout espoir de bâtir un Etat qui respecte les principes démocratiques. Le même candidat pourrait se représenter en 2020 pour un quatrième mandat, la seule condition pour y parvenir étant uniquement la modification de la Constitution. Et le Burundi risque :

1. De sombrer dans une dictature qui va encore déchirer le pays politiquement, économiquement et socialement.

2. De connaitre une tension entre les corps de défense et de sécurité pourtant bâtis sur base des Accords d’Arusha. Aujourd’hui, la police est accusée de réprimer les manifestants en tirant à balle réelle sur eux. Ce qui a provoqué de vives tensions parfois entre cette même police et l’armée qui était là plutôt pour sécuriser les manifestants. Pire, un militaire a été tué par coup de balle qui aurait été tiré par un agent du Service National de Renseignement.

A préciser que les corps de défense et de sécurité sont composés à 50% des ex rebelles du Cndd-Fdd (la plupart hutu)  et à 50 % d’anciens militaires gouvernemental (majoritairement tutsi).

3. De faire machine arrière sur presque tous les points. Le Burundi d’aujourd’hui n’aura rien de mieux que celui des années 80 où c’est le plus fort qui régnait, prenait tout, réduisant au silence et réprimant toute personne qui allait à l’encontre de sa volonté.

4. De voir se volatiliser tous les espoirs de décoller après des décennies de pauvreté, de guerre, de massacres inter-ethniques,…

5. De voir son peuple se résigner, se plier au mauvais sort de la dictature.

Et pourtant une chance a été donnée au peuple Burundais d’écrire une nouvelle histoire avec la signature et le respect de l’Accord d’Arusha. Les violer sera synonyme de sacrifier l’avenir d’un peuple au profit des ambitions personnelles.

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