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Moi et les manifestations

Elle veut rester anonyme et elle écrira désormais sous le nom de Francisca Gapiripiri. Loin de son pays, à plus de 8000 kilomètres, elle pense à son Burundi troublé en ce moment. Elle a un avis citoyen de ces manifestations. Elle se livre dans ce long et intéressant billet qu’elle a produit pour Yaga.

Par Francisca Gapiripiri

Des jeunes citoyens et des moins jeunes manifestent. Ça c’est la belle surprise de cette semaine dans mon pays. Connaître ses droits et surtout avoir le courage de les réclamer et les exercer. Que cela ait été permis ou pas par les institutions. N’est-ce pas encore plus intéressant de se dire qu’ils ont exercé leurs droits sans autorisation du ministre ?

A ce billet qui critiquait le « ntaco »  de nos compatriotes, ces citoyens ont amorcé un bout de changement de mentalité. Un bout car ne nous y trompons pas, les quelques centaines de personnes qui manifestent contre ou pour ce troisième mandat, ne sont représentants de la société que sur un point litigieux auquel fait face le Burundi. Il y’a encore d’autres combats qui mériteraient le même acharnement ou même beaucoup plus.

En même temps, la rue doit être une solution subsidiaire au dialogue et au débat sociétal. Tous les problèmes ne devraient donc pas se résoudre dans la rue, dans l’idéal. La rue a le mérite de polariser le problème, de démontrer les forces en présence. Relativisons sur les forces, disons plutôt les masses partisanes de la cause.

Une blogueuse s’étonnait du manque de ces « grands hommes  respectables » dans la rue aux côtés des masses populaires qu’ils avaient soulevées. Il y’avait certains responsables politiques quand même d’après les photos que j’ai vues du vendredi  10 avril 2015 (Minani, Ngendakumana, Chauvineau). Quelques remarques quand même  là-dessus :

De un, c’est assez symptomatique de patrimoine de personnel politique. Les politiques ne prêchent pas par des exemples.  Ce n’est pas que chez nous seulement d’ailleurs. Qu’on ne me renvoie pas la réplique de Jésus, « ne regardez pas ce que je fais, mais écoutez ce que je dis ».  La comparaison est hors de propos.

De deux, ces « respectables » auraient dû aller manifester. Pour certains ce sont des stars « intouchables » de la société civile, parlementaires au bénéfice d’immunité, membres de l’opposition avec un réseau de relation et des visibilités. Ces gens, ne nous y trompons pas, ne sont pas égaux devant les médias et devant la mobilisation y conséquente comme les autres héros citoyens embarqués ou croupissant quelque part sous garde policière.

De trois, peut être que ces « respectables » évitaient la prison pour préserver leur visibilité et défendre les éventuels prisonniers. J’en ai entendu certains s’écrier pour la défense et la libération de ces héros citoyens ordinaires. Manifestant arreté lors de la manifestation du 10 avril

Quid de la responsabilité des instigateurs?

Peut-on considérer  ces «  respectables » comme instigateurs responsables de ces crimes de participation à un mouvement insurrectionnel, lésions corporelles volontaires et, enfin, outrage et résistance envers les dépositaires de l’autorité ou de la force publique ? Il faudrait pour ça démontrer que ceux–ci ont instruit, influencé et préparé minutieusement chacune des infractions reprochées ?

Cette analyse est très courte car on ne peut pas prouver l’instigation, ni les éléments objectifs de typicité, et même, les éléments subjectifs de ces infractions ne seraient remplies. Reste à savoir si nos héros citoyens ordinaires savaient les risques qu’ils encouraient en manifestant. Je préfère penser que oui. Toute condamnation qu’on ferait à ces « respectables » qui ne sont pas descendus dans la rue aux côtés des autres héros citoyens ne peut être que morale.

Au fil de ces cinq derniers jours de manifestation, l’armure de mes héros ordinaires s’est tâchée de sang.  Certains sont emprisonnés, certains en ont payé de leur sang maculant de rouge le macadam et le pavé en cendres.  Mes héros n’ont pas fait la marche du sel, non violente,  de Gandhi. C’est complexe, ils se sont défendus ? Ils se sont préparés ? Qu’est-ce que j’y connais moi à l’activisme de rue ? Pouvaient-ils éviter les affrontements ? Je prie qu’on puisse mieux faire, être plus pacifique.

Au gouvernement dirigé par Pierre Nkurunziza

A notre gouvernement, je m’indigne d’une atteinte indirecte à un droit constitutionnel de manifester. Les centaines de manifestants ne peuvent pas tous être des auteurs de ces troubles dont on les accuse. Je m’indigne que vous n’ayez pas plutôt pensé à faire pression sur les concernés pour qu’ils clarifient la situation et (ré) instaurer le débat au lieu d’attiser sur des flammes partisanes. Qu’avez-vous retenu de la confrontation de la rue ?

Yaga Président Nkurunziza

La semaine au gout de pilule amère

Des raisons de se réjouir d’une société dynamique citoyenne, au prix du débat. Une police plus ou moins efficace et qui peut s’abriter de la pluie sous le même abri que les manifestants. Des hommes politiques qui ont défilé, mais une grande partie absente. Tout a un sacrifice, c’est sûr. Il faut juste doser. Aujourd’hui, à quelques mois des élections, le seul débat sociétal qu’on a eu, est l’éligibilité  du président actuel pour un troisième mandat. Rien sur les projets de société des différents partis politiques.

A tout ce petit beau monde dans la rue, nos héros, nos élus, nos respectables défenseurs, nos policiers et nos soldats : le combat contre le troisième mandat ce n’est qu’une bataille. Il y’a une guerre qu’il nous faut préparer, l’enjeu c’est la sauvegarde de nos acquis démocratiques et non une paralysie de notre société. La question qu’on doit se poser nous et nos héros, c’est quelle est l’issue au bout de cette bataille ? S’il capitulait demain, Pierre Nkurunziza, pour quel projet de société voterions nous ? Que nous ont-proposé nos futurs candidats concurrents ? A quelle sauce nous a-t-on préparé d’être mangé ? Quelle came allons-nous nous vendre après ça ?  Sait-on l’alternative que propose Minani, Ngendakumana, Rwasa, Ranac, etc… après cette bataille ?

Vous, mes héros, vous avez le droit d’exiger plus pour le sacrifice de votre combat. A ceux qui ne se sentent pas encore inspirés par les manifestations actuelles, qui ne savent pas de quel côté s’aligner ; je vous propose de faire d’exiger plus de nos élus et de nos futurs élus, plus de démocratie, un projet de société au-delà de la chasse au diable, des preuves de consolidation de nos acquis démocratiques. Car s’il ne capitule pas, qu’est ce qui nous attend ? Une nouvelle guerre civile ? Pour combien de temps, on va paralyser la société ?

S’il est vrai qu’on a les mêmes intérêts démocratiques,

S’il est vrai que nos élus  représentent nos intérêts de paix, de développement durable

S’il est vrai qu’on a tous le même objectif,

S’il est vrai qu’on a le même adversaire contre nos acquis communautaires

Que pensez-vous d’exiger de nos partenaires politiques opposants dans la rue d’avoir une stratégie plus intelligente et de vaincre l’adversaire sur son terrain. Exigeons d’eux qu’ils nous prouvent à quel point ils veulent notre bien et celui de notre pays, qu’ils présentent un candidat unique contre S.E comme promis. Car à moins d’être utopique ce n’est pas la queue des candidats qu’aligne l’opposition qui viendra à bout de la popularité de S.E candidat.

Exigeons et voyons quelle sincérité ont nos partenaires.

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Les commentaires récents (10)

  1. Quand le président fondateur veut s’asseoir sur un fauteuil éjectable….soit il quitte avant l’ejection pour préserver sa vie soit c son fauteuil qui fait l’affaire. Le peuple est à jamais déterminé à atteindre son but.

  2. Sean, peut-on parler du peuple quand on a moins de dix milles manifestants contre les plus de dix millions d’âmes burundaises qui vaquent à leurs occupations calmement ? Il ne faut pas leurrer tant que le mouvement reste concentré dans certains quartiers de Bujumbura, Nkurunziza restera au pouvoir. Il nous un mouvement national et bien coordonné. Attendons voir la suite lundi.

  3. A Gapiripiri, l’auteur du billet, finalement quelle est ta position ? tantôt tu harangues les manifestations, tantôt tu les renvois aux urnes comme solution. Finalement que proposes-tu aux deux parties ? Devrais-je retenir les derniers paragraphes comme solution?

  4. Je ne « harangue » pas les manifestations. Je pars d’un constat simple. C’est que la rue actuelle est une des solutions étant donnée que le débat a échoué de s’installer sur ce thème là de troisième mandat. Et ne serait ce que pour le civisme citoyen ca vaut la peine. Mais nos manifestations telles qu’elles sont conçues actuellement, nous répondons à un appel d’hommes politiques ou de la société civile (je ne doute pas de la conviction de ces manifestants motivés et je suis fier d’eux) par milliers. Je constate que il y’a des morts. Je constate également que nos dirigeants et ceux qui nous appellent ne proposent rien ou pas de projet après cette bataille. Je constate que la force de l’opposition se mesure à la jauge de ceux qui manifestent (j’avoue que pour le moment c’est un bon début mais c’est pas encore le succès ni dans la ville, ni dans le reste des provinces). Je constate que du coup le pouvoir est aux mains des manifestants, et qu’en tant que tel ils devraient exiger plus pour leur sacrifice. Pour les pionniers qu’ils sont dans ce mouvement s’il se généralise (ou pas). Bref qu’ils aillent plus. Qu’ils ne se laissent pas enfumés par des promesses de changement de candidat, ce civisme citoyen peut être plus intelligent. Il faut exiger plus de nos élus et nos futurs élus qui remplaceront celui qu’ils veulent dégager.
    Ma solution c’est dans la dernière partie de mon texte.
    Mais on peut aussi se poser la question de savoir quel sacrifice ont fait les leaders d’opposition qui nous opposent. Croyez-vous que Rwasa-Leonce-Minani-Domitien-Sinduhije-etc… mettraient leur ego au placard pour gagner démocratiquement contre S.E ? Alors qui veut on placer après avoir défait S.E de son 3ème mandat ?

  5. Tu as tout à fait raison pour l’alternative Francisca. Mais je pense que même dans ce camps là ils n’ont rien à nous proposer. Ce chaos semble profiter à tous. Le projet du camps de S.E n’en est pas un. Ce camp ne présente que les réalisations, des écoles construites, la gratuité des soins de santé, la gratuité de l’école sans dire aux gens qu’il s’agit bien d’un programme qui devrait aboutir à cela ( donc des OMD ). Il procède aussi par la peur et je dirai par la terreur en disant aux paysans qu’une fois que le CNDD quitte le pouvoir tout cela disparaîtra. Je pense qu’il s’agit bien que ce bataille sur la troisième candidature profite à tous les partis malheureusement.

  6. Très d’accord avec toi. Tout le monde profite de ce manque de leadership parce qu’ils en manquent tous. Et c’est bien le reproche que je leur fais à tous ces camps pro et contre. Je n’ai entendu aucun projet de société jusqu’ici. Que des discours de campagne, diffamantes d’un côté comme d’un autre, des réalisations passées, des critiques sur les réalisations etc… Mais pas de vous auriez dû faire ça et ça où nous vous proposons un deal citoyen : du style nous marchons ensemble pour éviter ce troisième mandat, vous me faites élire, pour que je réalise avec et pour vous tel ou tel projet de société. Et quant au camp S.E, ils sont bien gentils de nous rappeler des acquis des objectifs du 3ème millénaire, mais la faim et la terreur règne encore, pas d’espoir dans le peuple sans parler du chômage des jeunes.
    Je disais la fois passée à mon père que si je défilais, c’est pas contre le 3ème mandat seulement que je manifesterai, mais surtout contre le manque de leadership politique de nos élus ou futurs élus.

  7. je suis tellement touché par cet article.la rue n’a jamais eté une solution j’ai par exemple vu ce qui s’est passé en Egypte avec Morsi c’etait horrible lui meme qui etait dans la rue arrivé au pouvoir a torturé le peuple. du coup le dialogue est tres important .les acquis democratiques doivent etr sauvegardé mais dignement et pacifiquement.a tous les policiens mettez-vous sur une table et discuter .presentez nous vos projets d societé le reste l peuple decidera mais pacifiquement par la voies des urnes

  8. Chere Francisca,

    Merci beaucoup pour ce billet. Le Burundi est effectivement face à un manque criant de leadership. Et je suis tout à fait d’accord avec vous que les problèmes actuels auxquels fait face le Burundi en sont le résultat.

    Depuis un certain temps je reflechis sur la meme question: Quelle alternative nous propose l’opposition? Si le président était effectivement éjecté, qui prendrait la relève et que proposerai t il?

    Il faut admettre que le leadership de l’opposition n’inspire aucunement confiance. La question sur l’issue de ces manifestations est pertinente. Quoi après?
    Et si le CNDD-FDD,acceptait, sous pression, de finalement présenter un autre candidat, qui pourrait faire face a lui? Qu’apporterait il pour attirer notre attention?

    D’une part je pense que le chaos actuel profite énormement à l’opposition qui n’a,il faut le dire, rien, à offrir de concret,comme changement que nous souhaitons tous.

    On peut esperer peut etre qu’une nouvelle generation de leaders va émerger des cendres de cette crise????

  9. Bruno, tu as raison !! Jesus n’a pas dit ça.
    J’ai pris pour une expression courante pour comptant sans vérifier la bible. Merci pour la correction. J’en suis plus intelligent.

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