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Cinq jours d’hibernation forcée

Les plages du Tanganyika vous manquent, la Primus, les amis, les blagues, les rires fous, le mukeke. Vous n’êtes pas le ou la seul(e), le blues de Dacia dans ce billet regrettant, au sixième jour des manifestations, la vie à laquelle nous nous étions habitués. Elle hiberne, pense-t-elle et cela  n’est pas de sa volonté.

Par Dacia Munezero

Se réveiller, se laver, demander les nouvelles de la nuit et du petit matin  « y-a-t-il eu des coups de feux ? Oui, non. Prendre le petit déjeuner et commencer à errer dans la maison. Faire de petits travaux et jeter un coup d’œil de temps en temps sur twitter…Voici mon programme durant ces cinq jours des manifestations !

Cinq jours, sans pouvoir sortir mon nez dehors de peur de prendre une balle perdue ou me faire embarquer par la police ou bien encore tomber dans une horde d’Imbonerakure !

Cinq jours à rester cloitrée à la maison, on n’a plus d’inspiration, on devient irritable, on n’a plus gout à rien ! Pendant tout ce temps, les coups de feux sont devenus monnaie courante, de même que les sifflets des manifestants qui déchirent la nuit ou l’aurore.

Je me rappellerai toujours de la première fois qu’on a entendu ces sifflets au petit matin. On avait cru que notre quartier était assiégé et que c’était fini. Après avoir demandé à un ami qui faisait la ronde dans le quartier, je sus que c’était un signal que se donnent les manifestants et je pus rassurer mes petits frères.

Cinq jours aussi sans whatsapp. Ok, il y a un avantage infime à ça quand même ! Je ne reçois plus ces rumeurs sans queue ni tête qui circulaient à la vitesse de l’éclair sur ce réseau et qui pouvaient provoquer un arrêt cardiaque. Sérieusement, au Burundi il y a des talents  cachés en dramaturgie. Je veux bien, il y en a celles qui se relèvent être vraies, mais plus de 60% sont des  histoires à dormir debout et proviennent du « génie » burundais. Ces personnes convertissent ces rumeurs en informations de « sources sures. »

Mais d’un autre côté, je me sens coupé du monde, je n’ai plus de nouvelles de certains de mes amis. Heureusement qu’il y a encore Facebook et Twitter et les bons vieux SMS. Enfin, si on parvient avoir des unités qui sont devenues si rares.

Cinq jours que la ville me manque. Les sorties du soir à partager une bière avec mes amis et rentrer tranquillement chez moi. Chaque jour, j’espère me réveiller espérerant que tout ceci n’ait été qu’un long cauchemar. Que le président ait renoncé à ce foutu mandat. Je pourrai ressortir de chez moi sans aucune crainte.

Vous pouvez retrouver d’autres billets de Dacia Munezero sur son blog.

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Les commentaires récents (1)

  1. Je pense qu’aujourd’hui tu as su profiter du temps de trêves pour boire ta bière avec les amis ? Demain aussi tu auras une nouvelle occasion. Courage on trinquera un jour, ensemble quand il sera parti. Dans le cas contraire, même l’akezamutima non dilué sera amère.

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