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« Voyez mes larmes qui coulent »

Spageon Ngabo est découragé. Il sent la situation de son pays lui échapper peu à peu. Il craint le pire, mais tente un dernier (r)appel.

Une habitude à moi : chaque samedi je me lève à l’aube, mets de la bonne musique douce. J’enfile mon training, et hop, je me mets en route pour un petit tour en courant dans les artères de la capitale.

Ces derniers temps, je n’ai plus ce courage. Hélas ! J’en souffre. J’ai tout simplement peur. Les merveilleuses chansons de Don Williams ne me donnent plus ce cran. Je reste cramponné à mon lit, accroché à mon oreiller. Toutes les matinées sont d’une telle morosité que j’ai l’impression d’avoir attrapé la malaria.

Ma radio ne chante plus et j’ai de la fièvre

En fait, je n’ai pas le palu, c’est tout simplement que ça chauffe au pays des mille et une collines. La fièvre électorale…

En principe, les élections permettent le recyclage des institutions, une occasion en or pour la population d’évaluer et sanctionner les dirigeants sortants. Chez nous, ce n’est vraiment pas la peine. Écoutez les infos ! Des civils qui reçoivent des armes et s’entraînent à tirer, des meetings convertis en séances de semence de la haine ethnique. Au sein des institutions, rien n’est plus sûr, personne n’est désormais irremplaçable, une petite grimace mal interprétée peut vous coûter toute votre carrière politique. Du n’importe quoi !

Surtout pas ça !

Durant ces heures obscures, les cauchemars du maudit vieux temps nous hantent : des années de coups d’États sanglants, des massacres, des villes mortes, des embuscades et des innocents brûlés en pleine ville, des milliers de citoyens en exil, des camps de déplacés et des viols.

Surtout pas ça ! Non !

L’enfant qui naîtra ce soir,

Portera sans le vouloir,

Les crimes des heures noires,

Pour des ethnies qu’il ne pouvait voir,

Afin d’en prendre avec savoir.

Si ce que j’entends est sûr, ces accords qui avaient tout fait fuir, sont massacrés sciemment à coups sûrs, appelant ainsi des moments durs.

Ces décennies de massacres interethniques qui n’illustrent que le rouge, faisant jaillir des corps et cœurs innocents, bébés pilés entre mortaise et tenon, huttes et villas virées en cendre. Est-ce là notre destination ?

Monsieur le président, si votre réponse est bien « non », arrêtez ce silence complice, écoutez ce cœur qui saigne, voyez mes larmes qui coulent, épargnez-moi de cette schizophrénie.

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