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Après deux masters, Armel est devenu éleveur (et ça marche bien pour lui)

Dopé par son paquet de diplômes, le Burundais Armel Cimanishatse a fini par comprendre que rien n’arrive sans rien faire sur un plateau d’argent.

« Folle idée », ou même « sale idée »… Armel, 29 ans, essuie tous les jugements du monde. Car être éleveur de vaches (depuis bientôt deux ans) n’est pas très populaire dans la capitale du Burundi, Bujumbura, où tout jeune se bat désormais pour être chic, choc, même sans être chèque (comprenez ici « sans sou »).

Un citadin derrière les vaches, à ramasser parfois de la bouse… sans blague ? Certains de ses congénères ne digèrent toujours pas qu’un type aussi téméraire, avec deux masters, ignore aussi ses… deux licences.

La désillusion

Armel passera par le feu des circonstances qu’il soit dégrisé. Sorti fraîchement de l’université en 2012, la tête pleine d’idées utopiques pour ne pas dire farfelues, se croyant la pépite des années 70 qui serait accueillie avec un bon poste, un 4×4 dernier cri, et bien sûr une femme, le jeune diplômé aura tout sauf cela : « J’ai déposé mon dossier partout, j’ai couru derrière différents patrons, j’ai fait jouer mes connaissances et contacts, mais je n’ai rien eu. »

« J’ai déposé mon dossier partout (…), mais je n’ai rien eu »

Un mois assis, deux, trois, quatre… Le temps commençait à peser lourd sur Armel  qui ne comptait que sur la maigre somme, parfois incertaine, issue des « petits jobs » d’interprétariat. Car le jeune homme a également une bonne connaissance de l’anglais.

L’idée impopulaire

Tel un éclair, étincelant : une idée, comme tombée du ciel, jaillit dans le cœur d’Armel. Elle est impopulaire, mais sera salvatrice : élever des vaches. « Dans mon quartier, à Ngagara (nord de la capitale), presque toutes les familles se plaignaient de la mauvaise qualité du lait que leurs enfants étaient condamnés à prendre. Voilà où tout commence », témoigne-t-il.

C’était parti pour Armel qui venait d’identifier un marché potentiel. Décidé à ne pas passer à côté de l’aubaine, il prit toutes ses économies et acheta une vache.  « Mais j’étais presque nul dans l’élevage, explique-t-il. J’ai dû engager un homme plus ou moins âgé et expérimenté»

La nouvelle entreprise fera son bonhomme de chemin et Armel fera son miel, au fil du temps. Amis, parents, entourage, tous remarquèrent finalement le géant dans le jeune homme de Ngagara, lui qui n’impressionnait pas quelques jours avant. Et les soutiens se sont mis à pleuvoir, comme cet oncle qui lui donna une vache.

Effet multiplicateur

En deux ans, Armel regroupe autour de lui un cheptel de seize vaches, qui donne au total quatre-vingts litres par jour. Une affaire qui tourne si bien qu’il emploie sept salariés.

Son inspiration : Jésus Christ et Martin Luther King

Diplômé en Droit, en Service social et Développement communautaire (niveau licence), faisant sa thèse de Master pour ce dernier département et enfin poursuivant ses études en ligne pour une maîtrise en Christian leadership, Armel rêve de voir sous peu la création d’une usine de transformation des produits laitiers. Le désormais professeur-assistant à l’Université Espoir d’Afrique est parmi les grands fournisseurs de lait dans les quartiers situés au nord de la capitale. « Je fais souvent visiter à mes étudiants ma petite ferme pour les séances de travaux pratiques en développement communautaire, détaille-t-il, avant d’enchaîner : c’est une source d’inspiration qui devrait les défier. »

Chrétien pratiquant, c’est bien « en Jésus Christ » qu’il trouve son inspiration, avec un autre « personnage modèle : Martin Luther King. »

La raison est simple : « Ces deux hommes sont de grands révolutionnaires de l’histoire de l’humanité. Ils vivaient tous deux avec un seul but : résoudre les problèmes de la société. » 

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