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Si on parlait des hommes battus d’Afrique…

Les seize jours d’action contre la violence liée au genre viennent de s’achever. On aurait pu les nommer « jours d’action contre la violence faite aux femmes », tant que l’on continuera à passer sous silence la violence faite aux hommes, argumente notre blogueuse Pauline Okoth.

Je pense que ce n’est pas facile d’être un homme et particulièrement un homme africain. On attend beaucoup de vous sur le plan social dans cette partie du monde. Un homme africain doit être fort. Combien de fois n’ai-je pas entendu ces femmes répéter à leurs petits garçons de trois ans : « les garçons ne pleurent pas ». Je l’ai tant entendu que j’ai fini par le croire. Honnêtement, mis à part une téléréalité mexicaine, je ne vois pas beaucoup de circonstances dans lesquelles la vue d’un homme en train de pleurer est toléré dans un système traditionnel africain. C’est à cause de cette intolérance que de nombreux hommes souffrent en silence sous les coups des femmes.

Une cicatrice physique et une cicatrice morale

L’un de mes amis kényans s’était disputé avec sa femme et cette discorde s’est terminée par un jet d’eau bouillante en pleine figure. Aujourd’hui, il vit avec deux cicatrices, l’une physique et l’autre psychique, qui est pire. Mais les normes sociales dans lesquelles il est supposé vivre mettent une barrière l’empêchant de bénéficier de mesures de réparation.

« les garçons ne pleurent pas »

Il ne va pas engager d’action juridique contre elle. Et voici ce qu’il m’a dit : « Je vais trouver un autre moyen de m’en sortir ; je ne vais tout de même pas la traîner au tribunal et aller boire tranquillement de la bière avec mes fils, les mettant au courant de l’affaire… » C’est le problème. Les hommes battus par les femmes sont regardés de manière incrédule. Ce n’est pas qu’ils ne soient pas nombreux, mais à chaque fois qu’une telle histoire apparaît dans les médias, leur masculinité est rapidement remise en question. Les autres hommes posent la question ; « Quel peut bien être ce type d’homme qui est battu par une femme ? »

Les femmes ont le droit d’être faibles

J’ai réalisé qu’il y avait une grande inégalité. La société a donné aux femmes une licence les autorisant à être faibles. En conséquence, des systèmes formels et informels se sont mis en place pour les protéger. Je ne peux plus compter sur les doigts de mes mains le nombre d’ONG qui offrent de l’aide gracieuse aux femmes. Au contraire, les hommes ont grand mal à compter même sur leurs propres amis.

« Nous ne pouvons pas attendre que les statistiques soient alarmantes »

J’apprécie la sécurité dont je bénéficie en tant que femme, et le fait que le monde est sensible à nous rendre la vie meilleure. Pour de nombreuses raisons, il y a encore des milliers de femmes battues incapables de bénéficier de réparations. Il est vrai qu’elles sont en beaucoup plus grand nombre que les hommes. Mais nous ne pouvons pas attendre que les statistiques soient alarmantes sur les hommes battus pour agir. Allez chercher les quelques organisations qui existent et qui sont à l’écoute des voix des hommes battus.

Les seize jours d’action contre la violence liée au genre viennent de s’achever Aujourd’hui, de là où je suis, nous avons besoin de faire en sorte que ces hommes battus s’expriment. Cela va prendre du temps. Mais si l’on y travaille, la prochaine fois, cette campagne s’adressera autant aux hommes qu’aux femmes battues. Le temps est mûr pour ça.

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Les commentaires récents (1)

  1. Merci beaucoup pour cet article. Souvent on confond les violences conjugales aux violences faites aux femmes. Pourtant on devrait prendre conscience de cet autre visage des violences conjugales.

    Je me demande s’il y a encore quelques statistiques des hommes battus au Burundi. Une idee?

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