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Voici Edwige, première femme à conduire des journalistes burundais

Jamais une femme n’avait été recrutée comme conductrice par un média burundais. Jusque-là, les charrois des radios, des télés ou des journaux étaient réservés aux seuls hommes. Edwige Nininahazwe brise le tabou.

Le 16 octobre 2014 fut un jour pas comme les autres pour la station de radio burundaise Isanganiro (partenaire de Waza). Edwige venait d’arriver en tant que conductrice. « C’est un contrat temporaire de deux mois qui peut être renouvelé », comme l’indique Samson, le chef du service administratif et social. Elle vient pour appuyer ceux qui sont déjà engagés, tous des hommes.

Ce nouveau visage, tous en parlent : chauffeurs, journalistes, techniciens…

Ce nouveau visage, tous en parlent : chauffeurs, journalistes, techniciens… Comme si c’était un nouveau sujet. Ce qui n’est pas étonnant, car les femmes chauffeuses au Burundi, on ne les voit que rarement dans quelques organisations internationales, et non dans les médias. Mais Edwige brise le tabou. « Que c’est bon d’affronter en premier un métier que les femmes n’osent pas encore exercer », dit-elle, ravie.

Tous veulent partir avec elle

Edwige en surprend plus d’un quand elle dit être âgée de 35 ans, mariée, et mère de trois enfants. Elle a plutôt un look de jeune fille. Elle surprend également par son niveau d’études. Après avoir obtenu un diplôme des humanités générales, elle étudie l’anglais et le swahili en deuxième année à l’Université Ntare Rugamba de Bujumbura. Des études qu’elle effectue en suivant des cours après ses journées de travail.

Toujours souriante, elle s’adapte à quiconque lui parle. Avec elle, au travail, on bavarde, parlant de tout et de rien. Les journalistes semblent plus éveillés qu’avant. Tous veulent partir avec elle quand il faut aller à recherche de l’information.

Hier pour la Sogea Satom, aujourd’hui pour Isanganiro… …

« Je sais comment esquiver sans blesser »

Concernant le fait que l’un ou l’autre fasse des avances timides pour chercher à coucher avec elle, mon interlocutrice ne dit pas grand-chose : « J’en vois certains de temps en temps. Mais je sais comment esquiver sans blesser. » Edwige évoque par ailleurs une autre raison qui explique son adaptation : les autres femmes travaillant dans les médias. « Elles sont présentes dans la rédaction, l’administration, le service commercial, etc. »

Et d’ajouter, en outre, que toutes ou presque vont sur le terrain comme elle, travaillent avec des hommes comme elle, et que s’il y a un risque, il est partagé.

Le seul objectif que s’assigne Edwige Nininahazwe, c’est celui de travailler, afin de gagner sa vie et de faire vivre sa famille. Elle sait que sa mission à la radio demande de la force, du dynamisme, et de la flexibilité. C’est un métier fatiguant et exigeant car il faut suivre les courses des journalistes qui sont constamment à la recherche de l’information.

Une première

« C’est une époque déjà révolue. »

Que les charrois des médias burundais changent de sexe, cela émerveille Judith Basutama, active depuis une vingtaine d’années à la radio nationale comme coordinatrice genre à l’union burundaise des journalistes (UBJ). « C’est une première dans nos médias, et cela témoigne que nous aussi, nous pouvons le faire, se réjouit-elle. Il n’y a pas que micro, plume ou caméra pour les femmes dans les médias, il y a aussi le volant. »

Les responsables de médias contactés, ceux de la Radio télévision nationale du Burundi (RTNB) et du quotidien gouvernemental Le Renouveau du Burundi, considérés comme des plus anciens, partagent l’avis de Judith : aucune femme n’avait jamais été engagée comme chauffeuse dans les médias burundais.

Avant Radio Isanganiro, Edwige conduisait pour le constructeur Sogea Satom. Que le métier de chauffeur soit réservé aux seuls hommes, « c’est une époque déjà révolue », affirme-t-elle. Pour elle, il n’y a aucun travail dans la société qui puisse être réservé aux hommes.

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