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Mariage d’amour ou de raison? « Le Burundi de 1950 n’est pas celui de 2014 »

Faut-il laisser les parents choisir son conjoint comme dans le passé ? La nouvelle génération du Burundi dit clairement non. Pourtant, il semble que les mariages dits à l’ancienne soient plus solides que ceux du XXIème siècle…

Nous sommes en 1953. Monique est une jeune fille de Kayanza, au nord du Burundi. Pas d’école, ni de sortie pour s’éclater dans sa jeunesse. En vraie adolescente bien éduquée, sa vie est faite, se souvient-t-elle, pour les travaux ménagers et ceux des champs pendant la semaine et la messe du dimanche. Jérôme, de son côté, est le beau gosse du village. Maçon de formation, il est le seul sur sa colline à avoir suivi des études. Les filles du coin fondent devant le charme du mec le plus riche de la localité. Il est le seul à posséder un moyen de locomotion, c’est-à-dire un vélo ! « À l’époque, ce n’était pas rien, n’est-ce pas ? », lance Monique, d’une voix un peu tremblante et dont le visage est aujourd’hui mangé par les rides.

Le « Oui » muet !

Jérôme et Monique ne se sont jamais dit « Oui », du moins verbalement. Tout se jouera un dimanche, après la messe. « Une poignée de main timide a simplement suffi  à confirmer notre amour », témoigne Monique. Et le processus traditionnel de l’union s’est enchaîné : la pré-dot, la dot et enfin le mariage. Après cinquante années de vie commune, Monique et Jérôme, toujours aux anges ensemble, sont fiers de leurs dix enfants. Ils aiment égrener leurs années de gloire et vivre l’amour qui les entoure toujours.

« Ça, c’est dépassé ! »
Tous les jeunes interrogés sur ces histoires de vieux couples répondent unanimement : « C’est de la vieille histoire à jeter aux oubliettes. » Claudine évoque l’invasion des nouvelles technologies de l’information et de la communication. « Le Burundi de 1950 n’est pas celui de 2014. La télévision et internet ont révolutionné notre quotidien », assure-t-elle. Et d’ajouter : « Qui, aujourd’hui, avec l’influence de l’Occident, peut accepter de suivre uniquement les injonctions des parents sur le choix du conjoint ? » Eustache, lui,  jure l’index sur le cou : « Je ne peux pas épouser une fille dont j’ignore les origines, bref que m’amènent mes parents. »

« Quand un garçon ne parvenait pas à avoir des relations sexuelles avec son épouse, son père pouvait  alors lui ‘prêter main forte’. »

Et pourtant, ces mariages durent
Paradoxal ! Toutes les générations s’accordent sur un fait : les anciennes unions paraissent les plus durables. La raison ? Cynthia, jeune citadine, tente une explication : « Les temps sont révolus. Les nouvelles générations n’ont pas peur du qu’en dira-t-on, comme nos grands-parents, pour exprimer leurs mécontentements et leurs désaccords. (…) Autrefois, les époux pouvaient ‘vivre ensemble’, sans partager le lit conjugal, dans le secret absolu alors que le torchon avait brûlé depuis longtemps. »
Le père à la rescousse du fils
Eustache a certainement raison sur le rôle des parents dans le couple. Et c’est la célèbre écrivain Marie Louise Sibazuri qui vient étayer ses propos. « Quand un garçon ne savait pas comment avoir des relations sexuelles avec son épouse, son père pouvait  alors lui ‘prêter main forte’. » Mais là, très vite, la situation pouvait s’envenimer. « Le beau-père continuait parfois à fréquenter sa belle-fille. » De quoi créer un enfer relationnel au sein de la famille. « La belle-mère commençait à soupçonner sa bru, le garçon et son père devenaient des ennemis », renchérit la romancière, qui ajoute que souvent le père était plus nanti que son fils…
Oui, tout a changé
« Autrefois, le mariage était une affaire de famille tandis qu’aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire : les futurs conjoints arrangent tout, à leur guise », rappelle Marie Louise Sibazuri. Ce qui est plutôt positif, reconnaît-elle : «Quoi de plus bon que de laisser une personne jouir de sa liberté de choisir son conjoint ? » Mais la dramaturge préfère relativiser: « la nouvelle génération ne sait pas faire le tri dans l’invasion de la modernité. D’où ces dégâts et dégoûts dans les mariages actuels. »

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