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Pourquoi la Communauté de l’Afrique de l’Est risque d’éclater

Le courant ne passe plus entre certains pays de la communauté est-africaine (EAC). Dans cette analyse, le journaliste et blogueur Armel Gilbert Bukeyeneza fait un constat : l’EAC risque d’exploser. Il explique pourquoi.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Contrainte budgétaire oblige, le Burundi ne participera pas aux sommets tripartites (Ouganda, Rwanda et Kenya) de l’EAC,  déclarait, fin août, Léontine Nzeyimana, ministre chargée de l’intégration régionale et des Affaires de la Communauté Est-Africaine. Ce n’est pas tout. Par la même occasion, la ministre nous apprenait que le Burundi se donnait six mois pour trancher s’il peut, ou pas, continuer à se présenter dans ces sommets.

Une décision plus politique qu’économique
Plus rien à cacher. Les relations sont orageuses entre certains pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est. D’un côté, un Rwanda qui s’est ligué avec l’Ouganda et le Kenya, de l’autre un Burundi toujours derrière la Tanzanie. Deux blocs, deux destins. Les trois premiers pays n’arrêtant pas de défier les deux autres par de grands projets de développement (construction de chemin de fer, par exemple), il y a lieu de se demander si le « boycott » du Burundi ne serait pas motivé par cette mise à l’écart de son « ami », la Tanzanie.

L’histoire reste récente. Mai 2013. En vrai chef d’État, acteur majeur de la politique sous régionale, Jakaya Kikwete, président tanzanien, demande officiellement à Paul Kagame de négocier avec le FDLR, mouvement hutu perçu comme principal responsable du génocide de 1994 au Rwanda, qui sévit aujourd’hui en République démocratique du Congo. L’homme fort du Rwanda ne digèrera pas sa colère, et la crachera toute crue en demandant à Kikwete de lui présenter des excuses. Un duel qui fera parler de lui, ponctué parfois par des commentaires acerbes entre les deux chefs d’États.

Au même moment, la Tanzanie envoyait des troupes au sein de la Monusco pour se battre contre le M23 en RDC. Mouvement accusé d’avoir bénéficié d’un soutien de Kigali et de Kampala depuis longtemps. Un geste qui ne fera que souffler sur les braises de la tension rallumant, une fois de plus, le feu de la dissension.

Un peu d’ethnie dans tout ceci
Un petit recul. Sans se perdre dans l’histoire, à quand date le duo Rwanda-Ouganda ? 1994. Le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame remporte la bataille avec le soutien de Yoweri Museveni, président ougandais, et renverse le régime hutu de Habyarimana.

De l’autre côté, il faudra que le Cndd-Fdd, mouvement ayant pris les armes pour « libérer les Hutu burundais », prenne le pouvoir pour que les relations se stabilisent entre Bujumbura et Dar es Salaam. Tout en rappelant que la Tanzanie fût le fief principal de l’ancien mouvement rebelle.

L’histoire gardera aussi en mémoire l’embargo infligé au président tutsi Pierre Buyoya afin de le contraindre de négocier avec le Cndd-Fdd.

Bref, un Yoweri Museveni qui s’est battu pour les tutsi du Rwanda face à un Benjamin William Mkapa, président de la Tanzanie de 1995 à 2005, qui a tout fait pour aider les Hutu du Burundi. Des alliances qui semblent tenir jusqu’à maintenant.

Une EAC qui risque gros
Si des raisons économiques sont avancées par les uns pour justifier la naissance des deux blocs, il n’en reste pas moins qu’il y a des raisons géopolitiques, historiques pour finalement dire… ethniques. D’ores et déjà, un trio composé du Burundi, de la Tanzanie et de la RD Congo se formerait pour contrer le rouleau compresseur Ouganda-Rwanda-Kenya.

La politique étant ce qu’elle est, une question se pose tout de même : que deviendraient ces deux communautés si les Hutu reprenaient le pouvoir au Rwanda, les Tutsi au Burundi ? Kigali ne serait plus l’allié de l’Ouganda ? Bujumbura ne ferait plus recours à Dar es Salaam ? Ce qui est sûr : avec une fondation pareille, la durée de vie d’une telle communauté est à compter sur les doigts de la main.

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