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Les miracles du hors sol :  » Je gagne beaucoup mieux « 

A Abidjan et banlieue, façades de cours, arrière-cours, garages et autres espaces intérieurs privés, échappent de moins en moins à une nouvelle pratique culturale : la culture hors sol ou culture hydroponique ; panacée toute trouvée contre la rareté des surfaces cultivables, la crise alimentaire, et alternative à la réduction du chômage des jeunes.

Par Selay Marius Kouassi, Abidjan

Il y a environ un an, Raoul Attey, 26 ans, a assisté impuissant au « rasage » de son jardin maraîcher situé dans un bas-fond, à Port-Bouët, un quartier à la périphérie d’Abidjan. « Plusieurs autres jardins maraîchers de tomates, de légumes et de choux ont ainsi disparu au profit d’un projet immobilier », explique t-il.

Solution à la pression foncière
A Abidjan, la démographie galopante s’est accompagnée d’une urbanisation croissante, quelquefois au détriment des activités de maraîchage informelles, pratiquées sur des surfaces publiques ou privées, mais qui occupent une bonne partie de la jeunesse.

Mais Raoul est tout de même retourné à la culture maraîchère, cette fois-ci sur une superficie réduite : l’arrière-cour de sa mère. A peine 10m², un espace qu’il appelle ironiquement « semi-lopin de terre », mais qu’il cultive avec beaucoup d’enthousiasme. « Je produis désormais trois à quatre fois plus d’aubergines et avec deux fois moins de moyens », confie t-il, le sourire aux lèvres. Ce rendement cultural élevé, il le doit à la culture hydroponique ou « culture hors sol ».

Meilleurs rendements
La culture hors sol permet à de petites surfaces de produire de grandes récoltes. « Pour la culture de la tomate en plein champ, les meilleurs rendements obtenus atteignent rarement 30 tonnes à l’hectare », explique Jean-Luc Coulibaly, ingénieur agronome et chercheur rattaché au CNRA (Centre National de Recherche Agronomique) à Abidjan. « Par contre, en culture hors sol, le rendement se situe dans l’ordre de 90 à 120 tonnes par hectare pour un cycle de culture de trois mois seulement », ajoute t-il.

Comme son nom l’indique dans la culture hors sol, les plants ne sont pas en contact avec le sol, mais enfouis dans un substrat autre que la terre, qui lui-même se trouve dans un petit sac en plastic ou un pot. Où trouver les sacs, le substrat, et les engrais organiques ? Chose pas vraiment évidente pour les petits producteurs. En lieu et place de la tourbe de coco généralement utilisée comme substrat, certains ont recours aux sciures de bois ou aux coques de cacao, là où d’autres, comme Ghislain Kouadio, 23 ans, utilisent de la fiente de volailles comme engrais.
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« Je gagne beaucoup mieux »
Dans l’arrière-cour de sa maison, Ghislain parcourt lentement son champ ; deux rangées de plants de tomates sur une superficie d’environ 20m2. Il y a deux ans que ce jeune maçon s’est reconverti en cultivateur de tomates « hors sol ». Même s’il fait un mystère autour de son revenu, il assure qu’il « gagne beaucoup mieux » que lorsqu’il était maçon.

Emmanuel Koffi, 24 ans, s’est aussi laissé convaincre par les avantages financiers de la culture hors sol, il y a trouvé refuge depuis. « La culture hors sol est une véritable bouffée d’oxygène », affirme Benjamin Eloh, 27 ans, titulaire d’une maîtrise en économie. Benjamin a passé quatre ans à chercher du boulot en vain, avant de s’orienter finalement vers la culture hors sol. Depuis, il produit du piment et des tomates juste en face de la cour familiale. « Un ami m’a incité à assister à un séminaire de formation sur la culture hors sol. A la fin du séminaire, j’ai reçu un fascicule expliquant comment entreprendre dans ce domaine et réussir », raconte Benjamin.

C’est entre 78.000fcfa (119 €) et 95.000fcfa (145 €) qu’empoche désormais l’ex-étudiant devenu entrepreneur agro-alimentaire. « Pour cette petite aire cultivable que j’exploite, c’est vraiment un miracle », reconnaît Benjamin qui affirme être en quête d’un espace beaucoup plus grand en vue d’agrandir son « business ». Chez la plupart des producteurs de culture hors sol, les produits récoltés sont en priorité destinés à la vente et le surplus à la consommation.

Les produits de la culture hors sol participent, tout comme ceux issus du maraîchage traditionnel, à l’approvisionnement des marchés urbains. Ils y sont convoyés et commercialisés généralement par des femmes. La culture hors sol pourrait aider de façon significative à faire face à la crise alimentaire, vu que qu’elle n’exige pas de grandes surfaces cultivables et que chaque famille pourrait la développer à domicile pour acquérir des biens de première nécessité. « Mais elle n’est jusqu’ici pas suffisamment promue », se désole Benjamin.

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