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Photo d'illustration: ©Pixabay

#YagaDécodeur : Mujeri, le politicien « galeux »

Dans le vocabulaire kirundi, le mot « mujeri » existe depuis longtemps. Mais en 2012, le chef de l’Etat sort ce vocable de son sens habituel pour désigner « une catégorie d’hommes politiques » selon certaines voix. Décodage avec le blogueur Rivardo Niyonizigiye.

Au sens propre, « mujeri » désigne un chien très maigre, toujours affamé et affaibli, incapable de chasser,  invalide, qui ne quitte pas le ménage. Un chien qui cherche toujours à s’enrouler autour du feu (« mu rubumbiro »), un  umukoma, umusega, un rwirengera amakebano comme le dit la poésie de chasse. C’est un chien toujours prêt à voler le repas d’un enfant inattentif.  Un vaurien, un vrai fardeau pour son propriétaire. Ça peut être aussi un chien errant qui attire les mouches.

Changement du sens

Utilisé en métaphore par le chef de l’État, Pierre Nkurunziza, le 31 mars 2012, le sens de ce mot a totalement changé. Il a dit : « Ibigutera ubwoba ni vyinshi. Hari ubukene, hari inzara, hari akarimi kabi k’abantu, hari abakudecouragea, ivyogutera ubwoba ni vyinshi. Ariko wewe ndakubwire gusa, imbere y’ivyo bibazo vyose uvyite mujeri ; uhagarare neza. » (Il y a beaucoup de choses qui peuvent vous effrayer. Il y a la pauvreté, la famine, les médisances, ceux qui vous découragent,… Mais je te dis bien, prenez tout cela comme ‘‘mujeri’’ et restez debout !)

Et la polémique enfla. Pour certains, le président parlait des opposants. Mais pour Honorable Onésime Nduwimana, porte-parole du parti Cndd-Fdd de l’époque, aujourd’hui frondeur et en exil, Pierre Nkurunziza voulait  interpeller les Burundais à faire face aux problèmes qui hantent le pays.

Quelques jours après, les militants du parti au pouvoir n’avaient que « mujeri » dans la bouche pour désigner un opposant et surtout celui qu’on ne veut pas écouter. En 2015, ce mot a été aussi utilisé pour désigner les manifestants.

Dans son analyse, le professeur Gertrude Kazoviyo montrera plus tard que le Président voulait parler des opposants. Pour elle, il s’agit de l’animalisation de l’adversaire qui vise à le « démoraliser, le discréditer et le décourager ».

Une stratégie dangereuse

L’animalisation n’est pas un fait nouveau.  Sa finalité est, pour la plupart des cas, très négative et risquée. Certains penseurs se sont même penchés dessus. Pour le philosophe, politologue et historien des idées  Pierre-André Taguieff, « les adversaires diabolisés sont en principe exclus du jeu démocratique, mis à l’écart du système politique ». Le résultat est un réflexe d’auto-défense, risquant de conduire à un conflit violent. Le cas du Burundi est très parlant.  

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Recent Comments ( 1 )

  1. Just when analysing what is happening in Burundi,one can say that the country has fallen down.We don’t know how we will raise up since our leaders have no feelings about its people as theiy call some of them »mujeri »;animalising peole this means that one can go far from those animals in other way fight against them

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