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« Boost », la descente aux enfers des jeunes burundais

Cette drogue fait des ravages dans les rangs des jeunes bujumburiens. Méconnu du grand public, ce dérivé de la cocaïne est le stupéfiant le plus dangereux sur tout le territoire national, et sa consommation prend de plus en plus d’ampleur. Le blogueur Landry Gaël Nihorimbere s’est livré à un travail journalistique pour en cerner toutes les facettes.

Un matin sur le chemin vers le parking des bus, je remarquai un jeune du quartier que je n’avais pas croisé depuis longtemps temps. Immédiatement, quelque chose me troubla chez lui. Il avait ce regard perçant et hagard à la fois, avec des yeux tout rouges. Il était mal habillé, amaigri et sale.

Que lui était-il arrivé pour changer à ce point ?  Une fois rentré le soir à la maison, j’ai demandé des informations sur le jeune garçon à certains de mes voisins. C’est ainsi qu’un ami des parents du jeune  Ally* m’a révélé toute l’histoire. 

Ally a commencé à fumer de la marijuana en cachette alors qu’il n’était qu’en 8e  secondaire. Ses parents l’ont découvert mais n’ont pas réussi à le faire décrocher. Arrivé en dixième, il a subitement changé. Il volait tout ce qui traînait à la maison. Il ne se lavait plus et sa garde-robe s’amenuisait à vue d’œil. C’est à ce moment que la famille a appris que le jeune était passé à la vitesse supérieure. Il vendait ses habits pour s’acheter du « boost », un dérivé de la cocaïne.

Moi, c’était la première fois que j’entendais parler de ce truc. Malheureusement, on m’annonça que beaucoup de familles à Bujumbura se trouvaient dans cette situation. « C’est un calvaire pour une famille qui a un enfant qui prend cette chose, elle ne sait plus à quel saint se vouer. Elle observe leur enfant mourir à petit feu, souvent sans retour en arrière possible », confia l’ami de la famille d’Ally*. Je me suis alors mis en quête de tout savoir sur cette drogue.

Devenir accro

Par le biais d’un ami, j’ai été en contact avec un consommateur de ce produit, Martin*. « Des fois j’ai envie de laisser tomber mais mes vieux démons me retrouvent rapidement », me confie-t-il. « C’est une drogue très addictive avec laquelle le consommateur a une sensation de plaisir, qui donne lieu à un état de gratification où la faim, la douleur ou les besoins sexuels sont absents. »

Pour commencer à prendre du « boost », il faut d’abord y être initié. Sur le cas d’Ally*, sa sœur raconte : « Adolescent, mon frère fréquentait d’autres jeunes de son âge, et on trouvait cela normal. Cependant, petit à petit, ses fréquentations sont devenues de plus en plus suspectes. En effet, il avait commencé à ramener à la maison de nouveaux amis louches qui n’étaient pas du quartier. Mais à cette époque on croyait qu’ils étudiaient ensemble. Ce n’est que plus tard qu’on a compris que ce sont eux qui l’avaient initié à cette drogue dure. »

Comme pour bon nombre de nouveaux consommateurs, après avoir goûté à la première bouffée, commence une véritable descente en enfer. « Il y a des fois où on manque d’argent pour se procurer le produit. Dans ce cas, on peut faire n’importe quoi : voler, escroquer, tuer même », témoigne Martin*.   La violence de cette drogue se manifeste aussi par le manque. « Cet état se traduit par des malaises durement supportables, dont de violents maux de tête. Dans un groupe de consommateurs de ‘‘boost’’, il y a toujours au moins une personne qui dispose de pilules de paracétamol pour atténuer la souffrance », ajoute le jeune homme. Chose étrange, au vu des témoignages recueillis, il paraît que les consommateurs développent une phobie de l’eau, ce qui expliquerait en partie la saleté du jeune Ally*.

J’appris aussi qu’on ne peut pas trouver cette drogue à chaque coin de rue. « On ne trouve le ‘‘boost’’ que dans un des quartiers populaires de Bujumbura, à Buyenzi. Si on ne te connaît pas, tu ne peux pas avoir le produit. Le coût varie entre 2 000 et 5 000 Francs bu. »  

Descente à la source

Je me suis alors décidé d’aller à Buyenzi voir le lieu où on peut acheter du « boost » et me faire une idée sur la clientèle. On m’avait averti qu’il était impossible pour moi d’avoir le produit sans un intermédiaire. Heureusement, je connaissais un mécanicien qui travaillait sur la même avenue (6e rue).  

Ce dernier m’informa qu’il avait  commencé à travailler à cet endroit en 2004 et que le « boost » existait déjà à l’époque, mais que le produit était consommé par peu de gens. « Actuellement, les consommateurs sont de plus en plus jeunes et viennent des milieux plus aisés », se désola-t-il. Il me montra un type à une dizaine de mètres qui fumait une cigarette et qui paraissait aux aguets. « Ce type, son ’’deal’’, c’est la vente du ‘‘boost’’. Va t’asseoir là-bas tranquillement et observe. Tu comprendras l’ampleur de ce phénomène», me conseilla-t-il. Je me dirigeai alors vers le lieu indiqué pour m’asseoir, avec en face de moi le fameux dealer. Je m’achetai une limonade pour pouvoir observer sans trop attirer l’attention.

Après une vingtaine de minute, deux jeunes gens sont arrivés sur une moto et se sont adressés au dealer. Puis, ils sont descendus de la moto et se sont engouffrés dans un couloir sombre en face d’eux. Trois minutes plus tard, ils sont revenus. Ils discutaient normalement et se racontaient des blagues apparemment. Ensuite, les deux sont repartis sur leur moto et le dealer est retourné faire son guet, un beignet à la main. Dans les 90 min que j’y suis resté, j’ai compté douze personnes venus acheter cette drogue, dont deux jeunes femmes venues  en voiture.

Avis d’un spécialiste

Selon la psychothérapeute Médiatrice Nibaruta, la lutte contre la drogue est difficile parce que les motifs qui poussent à l’usage des stupéfiants sont aussi divers que ceux qui se droguent.  « L’une des plus grandes difficultés, lorsque l’on cherche à combattre l’abus des drogues, consiste à en identifier la cause. La pauvreté, surtout psycho-affective dans l’enfance, est l’un des éléments qui peuvent conduire à la consommation de la drogue »,  confie-t-elle. Donc pour elle, un enfant mal aimé, non-désiré, peut développer un certain manque de confiance qui va l’amener à prendre de la drogue. Mais aussi, sur son conseil, il ne faut pas prendre les junkies pour des dupes, car ils savent très bien que leur addiction va nuire à leurs sante. C’est une sorte de phénomène d’autodestruction.

À la question de savoir s’il y a des milieux sociaux  prédestinés à produire plus de drogués que d’autres, la psychothérapeute répond : « Il n’y a pas de milieu social particulier pour la consommation de la drogue. Mais bien sûr, plus une drogue est chère, plus ses consommateurs proviennent de milieux plus ou moins aisés. Ou bien, ce sont les gens qui ont un travail rémunérateur qui peuvent s’en procurer,  sinon, les autres commettent des délits pour se procurer de l’argent. »

Sa suggestion pour en finir avec la drogue serait de prévenir plutôt que de guérir. En effet, il faudrait que les parents communiquent avec leurs enfants sur ce sujet et qu’ils leur en montrent les conséquences. Le dialogue familial est très important à ce niveau. Mais il faudrait aussi que ceux qui sont dans la dépendance consultent un psychologue et bénéficient d’un suivi particulier. Elle conclut en lançant un avertissement : « Ce problème est à prendre au sérieux, car plus on tarde à traiter un cas, plus il sera difficilement récupérable. La drogue peut être parfois un aller sans retour. »

(*Certains noms ont dû être changés pour des raisons d’anonymat)

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Recent Comments ( 3 )

  1. Ce probleme est tres serieux, il faudrait le mediatiser encore plus. Les gens pensent souvent que ca n’arrive k’au otre mais nul n’est à l’abri. Mer6 pr cet article

  2. Merci pour cet article, une politique nationale serait aussi nécessaire pour éradiquer cette consommation de droque que j’ignorais de ma part part.

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